Le Régiment de Carignan-Salière

 Carignan-Saliere 66

   Le régiment de Carignan-Salière, le premier et seul régiment entier venu en Nouvelle-France sous le régime français, est le résultat de la fusion de deux régiments qui combattirent pour la France, notamment lors du conflit qu'on a baptisé la Fronde et qui survint pendant la minorité du roi de France Louis XIV. Parmi les troupes royales à l'action durant la Fronde, on peut voir le régiment du prince de Carignan qui se démarque lors de la bataille du faubourg Saint-Antoine. Ce régiment, le prince de Carignan l'a créé pour venir en aide à son cousin le roi de France et défendre les intérêts de la France particulièrement en Italie et en Savoie. Un autre régiment étranger celui de l'allemand Johan Von Balthasard combat également pour le roi. Son commandant vieillissant se retire et cède son régiment au colonel Henri Chastelard de Salière.

   La paix de 1659 contraint le roi à procéder à une refonte de ses régiments. Le régiment du prince de Carignan et celui du colonel de Salière sont fusionnés formant un régiment de 15 compagnies. Il est à Marsal en Lorraine en décembre 1664 quand le roi demande au colonel Henri Chastelard de Salière qui le commande de mener son régiment à La Rochelle afin d'aller combattre et exterminer les Iroquois qui sèment la terreur en Nouvelle-France.

   Depuis particulièrement la fondation de Montréal par Maisonneuve en 1642, la tribu iroquoise des Agniers (Mohawks), encouragée en cela par les Anglais de Nouvelle-Angleterre, qui leur échange des scalps français contre des fusils, se fait un malin plaisir chaque année de faire des prisonniers et de massacrer des colons français tant du côté de Montréal, que de Trois-Rivières et même de Québec. En vingt-cinq ans, depuis la fondation de Montréal, ils ont semé la désolation sur les rives du Saint-Laurent en tuant plus d'une centaine de Français.  

   À la demande des autorités du pays, en 1661, Pierre Boucher, alors gouverneur de Trois-Rivières, est envoyé en France pour faire part de la situation au roi et réclamer de l'aide d'urgence pour sauver la colonie. Le roi décide enfin en 1664 de répondre à cette demande et d'expédier sur les bords du Saint-Laurent un régiment entier.

SA VENUE

   Quand, en décembre 1664, le colonel de Salière reçoit l’ordre de conduire son régiment de Marsal en Lorraine jusqu’à La Rochelle, son régiment est composé de quinze compagnies. Le roi décide d’en faire un régiment de vingt compagnies. Chaque compagnie compte 50 hommes et au moins 3 officiers, le capitaine son lieutenant et un enseigne porteur du drapeau de la compagnie.

    Après quelques semaines de cantonnement à Saint-Jean-d'Angély, puis à Oléron et Ré, les premières compagnies sont prêtes à s’embarquer. Elles quittent la France à bord de sept navires, entre les mois d'avril et septembre 1665.

    Les quatre premières compagnies, celles des capitaines Chambly, Petit, Latour et Froment débarquées à Québec le 19 juin sont appelées à se mettre en route pour le Richelieu un mois plus tard, afin de procéder à l'érection d'un premier fort, celui de Chambly. Puis, le 18 août, quatre compagnies, celles des capitaines Lafredière, Lamotte, Grandfontaine et Salière et le lendemain quatre autres compagnies, La Colonelle, Contrecœur, Maximy et Sorel débarquent à Québec. Une semaine à peine après être arrivée à Québec, la compagnie du capitaine Pierre de Sorel est appelée à se rendre construire un fort à l'embouchure du Richelieu.

La compagnie du capitaine Sorel est suivie au Richelieu au début de septembre par les compagnies des capitaines Salière, Contrecœur, La Colonelle, Maximy, Grandfontaine, Lafredière et Lamotte. Dix jours plus tard, les huit dernières compagnies, celles des capitaines Dugué. Duprat. Rougemont, Lavarenne, Lafouille, Laubia, Naurois et Saint-Ours débarquent à Québec. On compte plus de cent malades à bord du navire La Justice et huit de leurs compagnons sont morts durant la traversée. Ces différentes compagnies sont réparties pour leur cantonnement d'hiver.

   Entre le 2 et le 15 octobre, les quelque trois cent cinquante soldats et la trentaine d'officiers de sept compagnies, aidés par de nombreux charpentiers parviennent à mener à bonne fin la construction d'un troisième fort le long du Richelieu.

SON RÔLE MILITAIRE

   En expédiant le régiment en Nouvelle-France, le roi a beaucoup insisté pour qu'il combatte rapidement les Iroquois. Les retards de départ de France rendent impossible la réalisation du plan préétabli si bien que le dernier fort n'est construit qu'aux portes de l'hiver. Toutefois le gouverneur Courcelles et le sieur Tracy qui vivent pour la première fois l'hiver canadien sont désireux de plaire au roi. Ils n'écoutent pas les habitués du pays et décident d'organiser une expédition contre les Iroquois.

   Le 9 janvier 1666, un fort contingent de soldats quitte Québec pour le Richelieu. Ils empruntent le fleuve gelé comme boulevard. Ceux qui ont des raquettes aux pieds battent le chemin pour ceux qui suivent et n'en ont pas. Les soldats doivent affronter les vents glaciaux sur le fleuve. Ils mettent six jours pour se rendre au Cap-de-la-Madeleine après 25 lieues de marche. Plusieurs souffrent d'engelures. Certains meurent de froid en route. Environ 500 à 600 soldats et volontaires font partie de l’expédition. Ils se rendent au fort Chambly puis au fort Sainte-Thérèse le 30 janvier. Impatient de partir, le gouverneur donne ordre de se mettre en route sans attendre les guides algonquins. Ils traversent le lac Champlain, se perdent et se retrouvent près de Shenectady chez les Hollandais de Nouvelle-Hollande. Ils reviennent bredouilles sans avoir pu attaquer les Iroquois et après avoir perdu une soixantaine d'hommes.

   À l'automne, une nouvelle expédition guerrière les conduit jusqu'aux villages des Agniers (Mohaws). Ils brûlent leurs cinq villages et leurs récoltes et prennent possession du territoire au nom du roi de France. Les Agniers par la suite signent un traité de paix avec les Français.

L'APPORT AU PEUPLEMENT

   Après trois ans sur nos rives, le régiment est rappelé en France. Plusieurs officiers et soldats décident de demeurer au pays. Les officiers reçoivent une seigneurie où plusieurs de leurs soldats s'établissent. Comme le capitaine Sorel, dès 1667, ils distribuent des terres à ceux de leurs soldats désireux de demeurer au pays. C'est ainsi que naissent les seigneuries de Boisbriand, Sorel, Contrecœur, Varennes, Verchères, Saint-Ours, Chambly, Nicolet, Louiseville, La Pocatière.

   Quand en septembre 1668 le régiment et les quatre compagnies de soldats venues avec Tracy regagnent la France, environ 400 officiers et soldats demeurent au pays. De ce nombre, 286 se marient et 253 d'entre eux ont des descendants à la première génération. Cent soixante-neuf ont épousés des filles du roi.

   Ainsi, en plus, d'avoir apporté la paix en Nouvelle-France, le régiment de Carignan-Salière a contribué largement à sa survie.

Michel Langlois
avril 2014
© Michel Langlois

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