Les Filles du Roy de la Maison St-Gabriel

Il est très intéressant de considérer que des milieux-villes-communautés-associations de familles-souches-sociétés publient l’histoire de “leurs” Filles du Roy; à titre d’exemples, Raymond Douville pour celles de Ste-Anne de la Pérade et des environs, le Bulletin de la Société historique de Charlesbourg, Le Charlesbourgeois, pour celles de Charlesbourg, et d’autres. Cela signifie qu’il y a une appropriation des Mères de la Nation Québécoise de façon plus élargie que celle du patronyme ancestral. Que viennent les regroupements des descendants et des descendantes des Filles du Roy par “matronyme” !

Je me suis intéressée aux Filles du Roy qui ont été tout près de Marguerite Bourgeoys, celles qu’elle a accueillies, au début dans son étable-école que Paul Chomedey de Maisonneuve lui avait donnée…, mais plus particulièrement à celles qu’elle considérait comme venues “pour faire des familles”, de 1663 à 1673 et dirigées vers Montréal.

C’est La métairie de Marguerite Bourgeoys de Émilia Chicoine, C.N.D., publié chez Fides en 1986 qui m’a surtout inspirée. Comme le dit bien l’auteure, il ne s’agit pas de toutes celles qui se sont établies à Montréal ou dans les environs mais bien uniquement de celles qui furent les “privilégiées ” de Marguerite Bourgeoys. Elle en dénombre 35 précisément. Ce sont celles-là que je vous présente; un autre article traitera des autres “montréalaises”.

La Maison St-Gabriel

Cette maison historique qu’on appelait autrefois La Providence est située dans l’ouest de Montréal, à la Pointe St-Charles. C’était aussi autrefois une immense ferme que possédaient les Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame. Marguerite Bourgeoys a acquis cet endroit en 1668 de François LeBer. Faut-il rappeler que Marguerite Bourgeoys est arrivée en Nouvelle-France en 1653; elle était originaire de Troyes en Champagne. Son oeuvre est remarquable à bien des égards. Elle accueillit les Filles à marier dès 1658. Devant l’ampleur de ce qu’il y avait à faire pour développer la colonie naissante, Marguerite Bourgeoys retourna en France à trois reprises pour “recueillir” des filles pour son oeuvre: en 1658-59, en 1670-1672 et en 1679-1680. Parmi les premières, soulignons tout particulièrement Catherine Crolo, originaire de la Lorraine, et qui fut sa collaboratrice de toute la vie.

Un regard général

Des 35 filles présentées par Émilia Chicoine, 18 venaient de Paris, 6 de Normandie, 5 de la région orléanaise, 2 de la Champagne, 1 du Poitou, 1 du Berry, 1 d’Anjou et 1 de Hambourg, en Allemagne dont le nom Phansèque est devenu Fannexe, Vanexe, Vandzègue et dont le père était capitaine de cavalerie dans les troupes impériales.

C’est surtout en 1668 et 1670 qu’arrivèrent les plus nombreuses : 10 en 1668 et 14 en 1670. La Maison St-Gabriel a gardé d’elles et de leur passage plus que des souvenirs. C’est un lieu de mémoire unique au cachet historiquement pur, où les artefacts précieusement conservés dégagent une ambiance d’une autre époque parfaitement reconstituée. C’est à visiter avec le sens des débuts de notre histoire et le regard averti d’une plongée dans un autre siècle que le nôtre.

De l’automne 1668, 4 étaient parisiennes: Françoise Barbery dont le père était Maître jardinier florestier épousa René Dardenne de La Rochelle dont le père était voiturier. René Dardenne avait migré en 1659 avec ses parents. René et Françoise eurent 10 enfants; René mourut en 1710 âgé de 70 ans et Françoise à 74 ans le 17 janvier 1725. Elle avait apporté en dot 300 Livres ce qui représente une certaine richesse à l’époque. Anne Julien épousa Nicolas Choquet dit Champagne, soldat du Régiment de Carignan-Salières, originaire d’Amiens en Picardie, le même jour que Françoise Barbery, le 12 novembre 1668. Ils eurent 10 enfants et vécurent à Varennes. Le fichier ORIGINE contient l’acte de baptême de Nicolas, les dates de naissances de 7 de ses frères et soeurs et même la date de décès de sa mère. Anne serait décédée vers l’âge de 50 ans alors que Nicolas meurt le 25 février 1722, à 78 ans. Claude Damisé serait née vers 1643; elle aurait donc 25 ans à son arrivée en 1668. Elle est originaire du faubourg St-Victor, à Paris. Elle épouse Pierre Perthuis, marchand de bois et bourgeois, originaire de Tours, en Touraine, le 10 décembre 1668. Comme c’était prohibé de se marier pendant le temps de l’Avent, ils obtinrent la dispense des 3 bans de publication. Ils eurent 12 enfants. L’histoire révèle que Claude eut un enfant illégitime qui fut baptisé à Pointe-aux-Trembles, à Montréal, le 23 mars 1676.. il se nommait André…Si Claude est vraiment née en 1643, elle avait 33 ans, à ce moment…Tous deux moururent dans la soixantaine; Claude le 6 octobre 1705 et Pierre le 16 avril 1708. La 4e parisienne est Marguerite Charpentier qui apportait des biens d’une valeur de 200 Livres. Arrivée en 1668, elle épousa Toussaint Lucas dit Lagarde, le 11 juin 1669. Preuve que les Filles du Roy ne se sont pas toutes mariées dans les 15 jours de leur arrivée ! Surprenant: ils n’eurent pas d’enfant. Si les dates de naissances sont exactes, Marguerite serait morte à 83 ans alors que Toussaint aurait environ 45-50 ans.

De Normandie, arrivèrent en 1668, 3 Filles du Roy. Ce sont: Jacqueline Langlois, Barbe Lefebvre et Charlotte Roussel. La première se maria le 17 novembre, la deuxième le 12 novembre et la troisième le 14 janvier 1669. Jacqueline Langlois est baptisée le 9 août 1630 à Limetz-Veilez dans les Yvelines (dossier ORIGINE), elle a donc 38 ans. Elle épouse Jean May/Mée de la Saintonge; ils n’ont pas d’enfant; il meurt à 51 ans en 1678 et Jacqueline se remarie le 30 novembre de la même année. Elle épouse Gilles Galipeau dit Lepoitevin au pays depuis 1667. Ils ont 2 enfants. Son deuxième mari meurt le 5 mai 1703 à 66 ans et Jacqueline lui survit, elle décède le 19 octobre 1709 à 79 ans. Pour le patronyme Galipeau, le fichier ORIGINE donne des précisions de famille très intéressantes : Jeanne, la soeur de Gilles, est baptisée le 25 décembre 1634 alors que Gilles est baptisé le 6 septembre 1637 à Dissay et copie de l’acte est au fichier. Suivent les noms des grands-parents paternels. Barbe Lefebvre est originaire de Rouen. Elle a 34 ans. Elle épouse le 14 janvier 1669 Mathurin Goyer originaire de Tourouvre et arrivé au pays en 1648 à 27 ans. C’est un veuf qui avait épousé en France Marguerite Fournier; d’ailleurs, il part en France puis revient en 1662 après plusieurs années d’absence comme soldat de la 13e escouade de la milice. Ils eurent 3 enfants. Barbe disparaît après le recensement de 1681 alors que Mathurin décède le 10 février 1684 à 63 ans. Charlotte Roussel a 22 ans à son arrivée. Elle est originaire d’Evreux. Le 12 novembre 1668, elle épouse Pierre Gauthier, laboureur, originaire de la Saintonge. Ils s’établissent à Lachine et ils ont 8 enfants. Charlotte, le 4 août 1689 – date fatale à Lachine – elle est faite prisonnière par les Iroquois et elle est probablement morte en captivité. Pierre, quant à lui, décède le 5 décembre 1703 aussi à Lachine.

Toujours en 1668, arrivent d’Orléanais, 3 Filles du Roy. Jeanne Collet épouse Grégoire Simon du Poitou, le 31 décembre 1668. Ils meurent tous les deux le 8 mai 1691 tués par les Iroquois. Jeanne Fauconnier épouse Antoine-Nicolas Dufresne le 4 décembre 1668; ils ont 4 enfants. Jeanne meurt subitement à Pointe-aux-trembles, le 14 février 1700 et Antoine-Nicolas lui survit jusqu’au 16 novembre 1717. Catherine Leloup est baptisée le 28 octobre 1649 à Blois, paroisse St-Saturnin, dans le Loir et Cher. Elle a donc 19 ans à son arrivée en Nouvelle-France. Le 19 novembre 1668, elle épouse Isaac Nafrechou au pays depuis 1662, meunier, marchand, bourgeois et cabaretier. Ils ont 10 enfants. Isaac meurt le premier le 29 août 1724 à Montréal et Catherine le 14 novembre 1734, à Trois-Rivières.

Des 132 Filles du Roy arrivées à Québec en 1669, 4 furent dirigées vers Montréal pour La Providence. M.-Madeleine Guillebeuf de Rouen, Françoise Curé de Picardie, Françoise Pilois de Paris et Marie Lemaire du Berry.

M.-Madeleine Guillebeuf épouse en premières noces Jean Plouf/Blouffe de Paris, cordonnier, le 24 juin 1669 (bien qu’elle soit arrivée en 1668). Ils habitèrent Verchères et eurent 7 enfants. Jean mourut à 57 ans le 15 avril 1700 et M.-Madeleine se remaria en 1702 à Contrecoeur avec Louis Foisy. Françoise Curé se maria à Boucherville (la seule paroisse aux alentours de Montréal à tenir des registres, selon Émilia Chicoine), le 23 novembre 1669 avec Lucas Loiseau. Le célèbre Pierre Boucher et son épouse Jeanne Crevier sont présents à ce mariage. Le contrat de mariage précise que Françoise Curé apporte en dot à la communauté 200 Livres en plus de la dot royale de 50 Livres. Ils décèdent tous les deux à Boucherville dans la soixantaine. Françoise Pilois de St-Germain l’auxerrois de Paris épouse André Barsa dit Lafleur originaire du Limousin, tonnelier qui habite Longueuil. C’est le 2 décembre 1669 qu’ils s’unissent. Ils eurent 6 enfants et moururent tous deux dans la quarantaine. Enfin, le 28 décembre 1669, Marie Lemaire épouse Pierre Ratel arrivé au pays en 1668, né à Rouen en 1637. Le fichier ORIGINE précise qu’il avait une soeur Marguerite baptisée à Rouen le 25 novembre 1635. Marie Lemaire selon le recensement de 1681 serait décédée le 25 juillet 1674 alors que le décès de Pierre aurait eu lieu entre le 3 février 1688 et le 21 décembre 1691 âgé d’environ 50 ans.

13 des 121 Filles du Roy arrivées en 1670 furent, jusqu’à leur mariage, sous la houlette de Marguerite Bourgeoys et de Catherine Crolo.

Le 21 janvier 1670, M.-Madeleine Plouart de Normandie, arrivée en 1667 avec une dot de 100 Livres, épouse Jacques Viau dit Lespérance originaire de Bretagne mais habitant Longueuil. Elle avait auparavant annulé un premier mariage avec Jean Cosset. En septembre 1670, le 22, Élizabeth Godillon épouse Léonard Éthier de Limoges, sabotier. Ils eurent 10 enfants et habitèrent Lachenaie. Le 30 septembre, c’est Marguerite-Françoise Maureaux/Moreau de la paroisse St-Sulpice de Paris qui épouse en premières noces Mathieu Faye dit Lafayette qui sera tué à Laprairie par les Iroquois de même que son fils André le 28 août 1695. Marguerite-Françoise se remaria à Jean Lefort en 1671. C’est à la suite d’une longue maladie qu’elle mourut le 16 octobre 1718 à Laprairie. Le mois d’octobre connut 7 mariages. Le 7 octobre 1670, Nicole Chandoiseau de Paris épouse Étienne Benoît, domestique engagé par les Sulpiciens, originaire de la Saintonge. Il sera enlevé, fait prisonnier et tué par les Iroquois. Le fichier ORIGINE donne d’intéressants détails de la famille Benoît.  Nicole Chandoiseau épouse alors Pierre Gour dit Lavigne, soldat des troupes de la marine, arrivé en 1689. Françoise-Marthe Barton épouse, le même jour que Nicole Chandoiseau, le 7 octobre, Joseph Chevalier, Maître menuisier, originaire de Dieppe. Le père de Françoise-Marthe était chevalier, seigneur, conseiller du roi, etc, mais nous ne savons pas si elle a bénéficié d’une dot, fut-ce la dot royale. De Poitiers, le ficier ORIGINE contient des événements familiaux intéressants. Le 14 octobre 1670, Catherine Fourrier de la paroisse St-Sulpice de Paris unit sa vie à celle de Mathurin Mercadier dit Lahaye de Poitiers, Maître armurier, mais cette union ne dura que deux ans. Quelques jours après la mort de Mathurin, Catherine épouse Jean Bousquet, arquebusier; ils vécurent à Varennes et eurent 11 enfants. Jean décéda en 1698 et Catherine épousa en troisièmes noces, François Martin dit Langevin mais Catherine lui survécut et mourut à 75 ans, à Repentigny, le 21 octobre 1726. Le 20 octobre 1670, 2 Filles du Roy se marièrent: Anne Foubert et Madeleine Chrétien, toutes deux de Paris. La première épouse Pierre Boisseau originaire de Bretagne et ils vécurent à Verchères. Pierre mourut en 1699 à 53 ans et Anne en 1729. Madeleine épouse Pierre Chicoine arrivé au pays en 1663; ils habitent Verchères; ils eurent 9 enfants. Pierre décédé en 1692, Madeleine épouse Louis-Odet De Piercot, écuyer, officier des troupes de la marine, chevalier de St-Louis. Le 21 octobre 1670, Marie-Anne Leroy épouse à Boucherville Mathieu Binet dit Lespérance. À Verchères, ils eurent 5 enfants; Mathieu décède en 1703 et Marie-Anne épouse Abel Simon vers 1704. Le 28 octobre 1670, Jeanne Villain de Paris épouse Mathurin Bernier du Poitou, soldat du Régiment de Carignan-Salières natif de Vendée. Mathurin mourut à Pointe-aux-Trembles le 27 janvier 1678 à 35 ans et Jeanne épousa le 5 septembre suivant, Jacques Chevalier, charpentier; ils eurent 12 enfants et habitèrent Rivière-des-Prairies. En novembre 1670, il y eut 3 mariages : Marie Chrétien épouse le 4 novembre Paul Pérot dit Lagorce de la Saintonge; ils s’établissent à Repentigny et ont 11 enfants. Le 11 novembre 1670, Marie Carlier de Paris, paroisse St-Sulpice, épouse un marchand de fourrures qui deviendra le Seigneur de Yamaska, René Fézeret arrivé en Nouvelle-France en 1658, avec ses parents. La mère de Marie Carlier vint la rejoindre; son nom apparaît dans les registres le 4 décembre 1679 à Montréal. Le 19 novembre 1670, Jeanne Besche de Langres, en Champagne, épouse à Boucherville Pierre Chaperon originaire de Rouen, charpentier, menuisier. Le célèbre Pierre Boucher et sa femme Jeanne Crevier sont présents à ce mariage. Le 15 décembre 1670, Marie-Thérèse Salé épouse Claude Raimbault d’Angers mais pour des raisons inconnues, elle émigre en France en 1680; qu’est-il advenu de ses 5 enfants ? Enfin, Marguerite De Nevelet arrivée en 1667, à l’âge de 24 ans, ne se maria que le 19 mars 1670. Elle épousa Abraham Bouat, marchand, bourgeois, aubergiste, qui décédé le 28 décembre 1702 à 58 ans. Elle éleva ses 8 enfants et consacra les onze dernières années de sa vie à la Congrégation de Notre-Dame fondée par Marguerite Bourgeoys comme fille séculière. Elle mourut en 1720 à 77 ans.

Des années 1672 et 1673, 5 Filles du Roy liées à la Maison St-Gabriel se marient: Marie-Anne Linière d’Anjou, arrivée en 1671, épouse Louis Aumeau/Homme arrivé au pays en 1667 de la Seine-Maritime, veuf de Marie Dubreuil qu’il avait épousé en France, le 19 janvier 1672; Marguerite Lemerle de Hautpré de Paris, arrivée en 1671 avec une dot de 500 Livres en plus de celle du roi de 50 Livres, épouse Laurent Bory, tanneur, voyageur au service de Robert Cavelier de La Salle; ils eurent 3 enfants mais Marguerite retourna en France en 1683; Catherine Desenne/De Seine prit pour époux un domestique engagé par Charles D’Ailleboust, Jean Sénécal arrivé au pays en 1666 et qui devint fermier et laboureur, le 15 octobre 1672 et ils eurent 7 enfants; M.-Madeleine Charbonnier dite Seigneur ne vécut ici qu’une vingtaine d’années; elle épousa François Lenoir, marchand de fourrures; ils vécurent à Lachine, eurent 6 enfants; M.-Madeleine décédé en 1691 à 38 ans et François mourut en 1717 à 75 ans. Anne-Marie Phansèque/Fannexe/Vanzègue arrivée en 1673 à 18 ans apportait 500 Livres en habits et en linge; lle mourut subitement à 67 ans, à l’Île Jésus, le 4 décembre 1722 après avoir épousé en premières noces Hubert Leroux le 20 novembre 1673 et Gabriel Cardinal le 7 avril 1682.

Que conclure de ces données sinon que leurs vies méritent d’être mieux connues… des recherches s’imposent autant ici qu’en France pour parfaire nos connaissances de leurs origines et de leur implication ici. Ces données peuvent être complétées; toute découverte leur rapportant sera consignée.

Irène Belleau, avril 2010

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