Le baron Louis-Armand de Lom d'Arce dit baron La Hontan

Isaac de Lom d’Arce, père de Louis-Armand, achète, en 1662, la baronnie de Lahontan, située dans les Pyrénées. C’est là que naquit – hors mariage - Louis-Armand le 9 juin 1666, l’aîné de trois enfants. Marie-Françoise et Jeanne-Françoise naîtront par la suite. C’est aussi là que meurt le père, Isaac, à 80 ans en 1674, endetté et ruiné. La terre et le château La Hontan furent saisis par les créanciers. La mère fut réduite à vivre dans la misère. Louis-Armand, à 17 ans, s’embarque pour le Canada dont il a abondamment entendu parler par son père, un habitué du port de Bayonne d’où partaient les bateaux des pêcheurs de morue pour les bancs de Terre-Neuve. Il s’installe dans des familles de Château-Richer puis rejoint Montréal. En 1684, il prit part à la lutte contre les Iroquois. Il avait de la verve… Frontenac l’invitait à sa table. Mais en séjour à Plaisance, il se brouille avec le gouverneur. On veut le mettre en prison. La peur l’envahit…il s’enfuit sur un navire vers le Portugal où il se retrouve sans travail. En 1703, il publie ses Dialogues avec un Sauvage jouant les deux rôles et s’inspirant de ce qu’il avait vu, entendu, vécu en Amérique. Cette œuvre, le récit de ses voyages et la publication de ses mémoires font vite le tour des salons de lecture… Et l’infime partie de son œuvre traitant des « Filles à marier » rencontrées dans les colonies françaises, la Martinique, la Guadeloupe et la Nouvelle-France suscite de l’intérêt. On fait les gorges chaudes de ces femmes qu’il qualifie de « petite et de moyenne vertu » ! De là à devenir des femmes de mauvaise vie, des prostituées, il n’y avait qu’un pas et il fut vite franchi… et la rumeur traversa l’océan. Ici, la présence d’une catholicité tricotée serrée n’a pas prisé cette opinion. Benjamin Sulte et Gustave Lanctôt – pour ne nommer que ceux-là – tentèrent de renverser la vapeur. Rien n’y fit. Et après 350 ans d’histoire, les Filles du Roy ont toujours mauvaise réputation et un dénommé Guy A. Lepage a mordu à cet hameçon. Que d’ignorance après des siècles !

La Société d’histoire des Filles du Roy (SHFR) reconnaît que ce geste lors de l’émission Tout le monde en parle du 3 décembre dernier démontre que cette opinion de femmes de mauvaise vie – de prostituées – a la peau coriace. Elle s’insurge et demande correction publique. Les Filles du Roy recrutées devaient avoir une bonne conduite et être recommandées pour avoir accès au programme de Louis XIV pour peupler la Nouvelle-France. Comment peut-on être putain et faire 10, 15, 20 enfants ??? Le démographe Yves Landry reconnaît que ce baron est celui qui a fait le plus de tort à la réputation de ces femmes que « les époux choisissent de la manière que le boucher va choisir les moutons au milieu d’un troupeau ». Ce baron, traître, meurt à 49 ans. Vive Louis XIV ! Vive Jean-Baptiste Colbert ! Vive Jean Talon ! VIVENT les Filles du Roy ! Il faudrait les nommer toutes, écrit Anne Hébert en 1988, les appeler à haute voix, par leur nom, face au fleuve d’où elles sont sorties au XVIIe siècle, pour nous mettre au monde et le pays avec nous ».

 

Irène Belleau
Présidente
6 novembre 2013
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