Étaient-elles vraiment des femmes de mauvaise vie ?

Comme une tare…depuis 350 ans ! Puis, si mon ancêtre-femme était une putain, pourquoi la rejetterais-je ? Elle a vécu à une époque bien différente de la mienne…ou si j’étais une putain, me ferai-t-on subir le même sort dans 350 ans ???

Après avoir tout considéré, j’ai voulu savoir la vérité. Je me suis mise à dépouiller les VIES de plusieurs Filles du Roy dont les aventures reconnues auraient pu donner lieu à des preuves circonstanciées au récit du baron qu’on n’ose pas nommer. Les dossiers judiciaires apportent un éclairage à cette vieille controverse injuste et calomnieuse. Même si certains faits pourraient peut-être avoir été contemporains du baron, rien n’indique que ces femmes étaient de mauvaise vie au départ de la France pour le Nouveau Monde.

L’adultère, mener une vie scandaleuse, avoir des enfants hors mariage, tenir auberge sans permis de l’intendant et sans lettre de recommandation du curé, vendre de l’eau-de-vie aux Amérindiens, les invectives entre voisins pour des vols de poules, les chicanes de clôtures, les injures réciproques, la maltraitance, etc, sont des exemples de causes gérées par la Prévôté de Québec et, en dernière instance, par le Conseil Souverain. J’ai relevé quelques exemples de femmes de « mauvaise vie »  dont le baron a bien pu entendre parler pendant son passage en Nouvelle-France de 1683 à 1704 sans toutefois les avoir vues, ou avoir vérifié l’exactitude des qu’en-dira-t-on.

Catherine Basset a une aventure hors mariage avec Emmanuel Mirande ; elle mène une vie scandaleuse et déshonnête. On la condamne à « vider la ville dans trois jours ». Elle ne pourra revenir que si « elle change de vie ». Catherine Guichelin, abandonnée par son mari, découragée, elle mène une vie de débauche. Elle est bannie de la ville, elle aussi, « jusqu’à ce que son mari soit de retour ». Marie Chauvet est accusée d’adultère. Elle est condamnée « a estre razée et battue de verges et enfermée dans un lieu sûr ». Ses comparses sont condamnés à huit jours de prison les fers aux pieds, au pain et à l’eau. Madeleine Larcher, bannie de la ville pour sa vie scandaleuse est condamnée à 10 Livres d’amende pour sa désobéissance d’avoir osé revenir à la ville, battue de verges et mise en prison. Marie Quéquejeu sans qu’on sache pourquoi a été exécutée et enterrée « par ordre de justice » en même temps que son gendre Pierre Doret, coureur des bois. Marguerite Jasselin en plus d’être battue de verges, « se voit condamnée à deux fleurs de lys posées au fer chaud sur les deux épaules et bannie de la ville de Montréal ».

Ne retiendrons-nous que cet aspect de la vie difficile de certaines Filles du Roy ? Avons-nous suffisamment d’éclairage historique pour englober TOUTES leurs VIES et non pas seulement une infime partie des comportements de quelques unes et repréhensibles de l’époque ? Aujourd’hui, les programmes d’accueil à l’émigration, les multiples sources d’aide aux femmes enceintes, aux couples en situation de séparation, etc, feraient rêver les Filles du Roy ! Après 350 ans d’histoire, il faut se réapproprier les VIES de ces 800 femmes venues NOUS engendrer comme PAYS.

Irène Belleau
7 novembre 2013
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