Filles du Roy de 1664 - caractéristiques du contingent

On croit généralement que ce groupe est arrivé en juin sauf pour Jeanne Bénard qui est nommée dans la liste d’Archange Godbout (MSGCF, vol. V, p. 185 ss.) qui rappelle que la liste des passagers du navire Le Noir de Hollande (d’Amsterdam) appartenant à Pierre Fillye/Philis, de Brest, marchand reconnu et bien identifié comme étant du groupe des marchands responsables du recrutement des engagés par le ministre Colbert. Les plus fréquents de ces marchands surtout rouennais se trouvent dans le Catalogue des immigrants de Marcel Trudel. Nommons aussi Guillaume Feniou, George Papin, Antoine Grignon, Pierre Gaigneur, Pierre Follin et les nommés Guénet, Duhamel, Bulteau et Michel.

Le Noir de Hollande  de 100 tonneaux est arrivé à Québec le 25 mai 1664 selon les Relations des Jésuites dont certains des leurs y étaient passagers. La liste des 51 passagers de ce bateau, exceptionnellement, nous est parvenue; elle a été retrouvée dans les archives de la Charente-Inférieure sous la cote B 5665-no 110. Il est très rare que la liste des passagers nous soit connue; les capitaines remettaient plutôt aux autorités à leur arrivée la liste de l’équipage. Parmi les passagers-colons, on retrouve de futurs époux de Filles du Roy comme Jean Beaudet qui épousera Marie Grandin en 1670, Pierre Blais, Anne Perrot en 1669; Jean Bosemé, Marie Hué en 1667, Pierre et Mathias  Campagna, ce dernier épousera  Suzanne Aubineau, André Goutron, Catherine Poisson en 1673; Pierre Rivault qui mariera Marie Quéquejeu en 1667; Antoine Papin, Jeanne Magdelain en 1669, pour n’en nommer que quelques-uns.

Des 51 passagers, il y avait 50 colons dont 42 ont fait souche en Nouvelle-France et une femme Jeanne Bénard amenée par Jeanne Mance et qui s’établira à Montréal; elle épousera, le 20 avril 1665, Pierre Gadois, originaire du Perche, âgé de 32 ans.  Ce navire apportait 10 barriques d’eau-de-vie, 400 haches et 6 brebis. Ce navire est reparti le 22 juin « emportant les lettres pour la France ».

L’autre vaisseau arrive le 30 juin 1664, c’est Le St-Jean-Baptiste de Pierre Lemoyne d’une capacité de 300 tonneaux. Il amenait 100 à 150 colons et était muni de 24 pièces de canon. On imagine que les Filles du Roy de 1664 sont passagères sauf Jeanne Bénard.

Quelques caractéristiques :

Des 14 Filles du Roy, il y eut 23 mariages dont 4 furent annulés : Catherine Barré annule un premier contrat avec Maurice Rivet le 17 novembre et épouse Mathurin Chaillé le 11 janvier suivant ; Marie Montminy annule d’abord un premier contrat de mariage avec Thomas Grandy qui épousera par la suite une autre Fille du Roy Denise Cherfault en 1665 puis, elle épouse Noël Rose en 1666 et François Dumas en 1687, enfin, Françoise Charron est d’abord servante et ne se marie pas vraiment; elle annule deux contrats de mariage, le premier avec Zacharie Maheu et 1665 et Robert de Lamarre en 1667. Comme elle arrive à 43 ans, veuve, on se demande encore pourquoi, à cet âge, elle fut choisie pour venir peupler la colonie ! Une autre est arrivée veuve Marguerite Gaillard de Picardie mais elle n’avait que 25 ans. Elle s’est mariée 3 fois et eut 7 enfants.

Il y eut aussi des Filles apparentées – ce qu’on oublie souvent de souligner -. Deux d’entre elles venaient rejoindre de la parenté : Madeleine Boutet avait été précédée par un oncle et une tante et leurs deux enfants : Martin Boutet et Catherine Soulage et Catherine et Marie leurs filles. Marie-Sainte Vié dite Lamotte  venait rejoindre sa sœur Marie et sa demi-sœur Marguerite Breton. Quant à Françoise Huché, elle arrive avec son oncle Charles Danets et sa femme Marie Deshayes. Enfin, la problématique Marie Montminy sera rejointe par un cousin Charles et ses deux filles Marie et Barbe Montminy.

Deux d’entre elles eurent ce qu’on appelait à l’époque des enfants illégitimes parce qu’ils étaient nés hors mariage. Ce sont M.-Catherine Cottin d’Arras  de l’Artois qui donna naissance à Jeanne baptisée le 1er juillet 1665; M.-Catherine n’épousera Pierre Brunet que le 1er février 1666; Marie Montminy, elle, donna naissance à Julienne baptisée le 19 décembre 1665 et elle épousera Noël Rose le 7 janvier 1666.  Ni l’une ni l’autre n’a émigré après cette aventure ce qui arrive souvent dans les années qui suivirent.

La majorité des 14 sont originaires de Paris (7), de La Rochelle (2), et une de la Lorraine, de la Picardie, de Rouen, de Saintonge et de l’Artois. Par contre, leurs époux, en majorité étaient originaires du Poitou (7), de la Normandie (3), du Perche (3) et d’autres de Bourgogne, de la Bretagne et du Maine.

Quant au nombre d’enfants, il y en eut 106 pour une moyenne de 6 par femme de 1665 à 1688; c’est très peu, on peut même déjà avancer que ce sera l’année la moins prolifique !. La plus jeune à son arrivée avait 12 ans, c’est Marie Sainte Vié et c’est aussi elle qui mourut la plus jeune à 39 ans. Celle qui vécut le plus longtemps, ce fut, croit-on, Jeanne Bénard qui mourut à 93 ans si sa date de naissance est exacte.

Une dernière remarque importante : plusieurs contrats de mariage n’inscrivent pas la dot royale. Est-ce négligence de certains notaires ? La plupart ne signalent pas de biens en valeur non plus. Et seulement 5 sur 14 apportent pour 100 (1), 200 (1), 500 (2) et 800 (1) Livres de valeur en biens : ce sont dans l’ordre : Marie-Sainte Vié, Marguerite Gaillard, Françoise Huché et Jacquette Ledoux, Françoise Charron.

Voilà qui fait le portrait du contingent, bien différent de celui de 1663 autant par le nombre de Filles du Roy, par les lieux d’origine, par l’âge à l’arrivée, par la valeur des biens apportés et par la faible moyenne d’enfants procréés. Mais l’avenir est prometteur : en 1665, elles seront 90 et par la suite, notamment en 1669, 1670 et 1671, elles arriveront par centaines. Que le rythme continue ! La Nouvelle-France vivra…et nous itou !

Irène Belleau
1erJanvier 2014.

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