Le Régiment de Carignan-Salière et les Filles du Roy

Carignan-Saliere 66

Le régiment de Carignan-Salière résulte de la fusion de deux régiments. D’abord celui de Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, établi en 1644, comprenant 1000 hommes pour défendre les intérêts du roi de France en Italie. Le second  date de 1659 et après maintes batailles se joint à celui de Carignan sous le commandement d’Henri Chastelard de Salière. Il est constitué de 20 compagnies de 50 hommes pour un total entre 1000 à 1050 hommes.  À sa tête, il y a 3 officiers supérieurs : le capitaine, son lieutenant et le porte-étendard communément appelé l’enseigne. Chaque compagnie comporte généralement des sous-officiers appelés sergents, caporaux et ampessades; ces derniers reconnus comme des vieux routiers militaires. C’est Michel Langlois qui, en 2004[1] a le mieux tracé le portrait de ce régiment dépouillant quantité de documents d’époque puisque la liste véritable qu’avait Jean Talon a disparu. Monsieur Michel Langlois a véritablement « épluché » greffes de notaires, correspondance, journaux, liste de confirmés et d’abjurations, le registre de la Confrérie du scapulaire du Mont-Carmel, la liste des habitants de 1668, année du licenciement du régiment, sans compter la liste des soldats accompagnant le Sieur de Tracy. Un travail titanesque.  C’est lui-même qui dit que « se lancer sur les traces de Carignan-Salière, c’est en quelque sorte suivre un fantôme ».

Langlois signale après tout ce travail qu’il se peut que le tout ne soit pas exhaustif ! Il note que des soldats ou des officiers ont bien pu habiter la Nouvelle-France pendant 3 ans sans laisser de trace faute de recensement entre 1666-1667 et 1681.

Qui étaient les capitaines de ce régiment ?

Leurs noms nous sont assez familiers car l’histoire en a retenus plusieurs : Jacques de Chambly, Sidrac-Michel Dugué de Boisbriand, Antoine Pécaudy de Contrecoeur, Pierre de Saint-Ours, Pierre de Saurel, Hector d’Andigné de Grandfontaine, Roger Bonneau de la Varenne, Balthazar Bouvier de Portes, Sixte Charrier de la Mignarde, Henri Chastelard de Salière, Jean-Baptiste Dubois de Coquereaumont et de Saint-Maurice, Balthazar-Annibal-Alexis de Flotte Lafredière, Jean Escande de la Tour, Pierre Lamotte de Saint-Paul, Abraham de Maximy, Pierre de Naurois, Étienne de Rougemont, Louis Petit, Arnould Tarey de Laubia, Philippe Vernou de la Fouille, et deux dont on ignore les prénoms : Duprat et Froment. Les noms de certains de ces 22 capitaines désignent encore aujourd’hui des lieux ou des villes importantes comme Chambly, Varennes, Verchères, Rougemont, Sorel, Boisbriand, Saint-Ours, et d’autres comme Berthier, Carignan, La Durantaye, Lanaudière, Lavaltrie.

Quels étaient les noms de leurs compagnies ?

Il ne faut pas se surprendre que les noms des compagnies tiennent aux noms de leurs capitaines exception faite de La Colonelle ; ainsi, les 20 compagnies s’appellent Chambly, Contrecoeur, Des Portes, Boisbriand, Grandfontaine, La Fouille, La Fredière, La Motte, Latour, Laubia, La Varenne, Maximy, Naurois, Petit, Rougemont, St-Ours, Salière et Saurel.

Sur quels navires sont-ils arrivés ?

Partis de France le 19 avril et le 27 avril 1665, le Vieux-Siméon de Durkerham de 200 tonneaux et le Cat de Hollande de 250 tonneaux arrivèrent à Québec les 18 et 19 juin 1665; les deux de l’armateur Pierre Gaigneur amenaient 200 soldats des compagnies Chambly, Froment, Latour et Petit. Il y avait aussi 155 travailleurs, 67 engagés pour 3 ans et des chevaux; Colbert, le ministre des colonies avait fait, dit-on, la revue des troupes avant leur embarquement. Ces 2 vaisseaux repartirent le 3 août 1665.

Partis tous deux le 13 mai 1665 de France, L’Aigle d’Or et La Paix amenaient les compagnies Salière, La Fredière, Grandfontaine, La Motte, Contrecoeur, Maximy, Saurel et La Colonelle. Ces 2 bateaux de 400 et 300 tonneaux repartirent le 18 août 1665.

Quelques jours après, le 24 mai 1665, le St-Sébastien et La Justice quittèrent la France avec les compagnies La Fouille, Laubia, St-Ours, Dugué de Boisbriand, Naurois, Rougemont, Varenne et Duprat avec le gouverneur Rémy de Courcelles et l’intendant Jean Talon. Il y avait aussi 27 pièces de canon. Ils repartirent les 12 et 14 septembre 1665.

Enfin, était parti de France, bien avant eux, le 26 février 1664, Le Brésé avec le célèbre Tracy pour une mission de ravitaillement et de vérification dans les colonies françaises,

 les quatre compagnies suivantes : L’Allier, Chambellé, Poitou et Orléans. Elles ne firent jamais partie du Régiment de Carignan-Salière mais le roi de France leur demanda de venir prêter main-forte pour lutter contre les Iroquois. Les capitaines de ces compagnies étaient Alexandre Berthier, Olivier Morel de La Durantaye, François Tapie de Monteil et Vincent de la Brisardière.

Le récit de leurs incursions en plein hiver en pays iroquois a connu des ratés, il est vrai, et plusieurs soldats moururent de froid mais il reste que leurs efforts et l’importance de leur nombre ont permis d’ « amadouer » les guerriers iroquois. Une période de paix s’en suivit et permit le développement de la Nouvelle-France. Toutefois, les colons devaient toujours être sur leurs gardes…le massacre de Lachine en 1689 le rappela férocement !

Combien sont restés en Nouvelle-France au moment du licenciement du régiment ?  

Sur les 1000 hommes militaires, environ 400 restèrent ici tant officiers que soldats mais seulement un capitaine. C’est cette partie qui intéresse la Société d’histoire des Filles du Roy car plus d’une centaine d’entre eux ont épousé des Filles du Roy.

Quelles sont les Filles du Roy ayant épousé des militaires du Régiment de Carignan-Salière ?

Au moins 193 d’entre eux ont épousé des Filles du Roy : 45 sont des officiers ou des sous-officiers. C’est une première liste car suivra la liste des soldats. Il faut bien noter que ce n’est pas en 1665 que ces militaires prendront femme; les obligations de leur charge ne leur permettent pas de se marier. Sauf que quelques-uns obtinrent des dispenses… C’est donc plutôt en 1668 et après que ces soldats épouseront des Filles du Roy; le régiment ayant été licencié à la fin de l’année 1668. Une autre liste finalement traitera des Filles du Roy de 1667, arrivage spécial pour combler les officiers désirant des Filles de plus haute classe sociale !

Filles du Roy ayant épousé un soldat du Régiment

Note :  La date qui accompagne ces noms est celle de l’arrivée des Filles et non celles du mariage. Ainsi une Fille du Roy arrivée en 1670 épouse d’abord François Fleury (10 enfants) et n’épousera le militaire René Dumas qu’en 1689 lequel avait épousé auparavant une autre Fille du Roy  Marie Lelong en 1671 (9 enfants); Louis Petit capitaine n’épousera Michelle Charlier Fille du Roy arrivée en 1668 qu’en 1710 car elle avait marié d’abord Massé Bernier en 1668 et Laurent Castel en 1684.

Irène Belleau
Décembre 2013
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[1] Langlois, Michel, Carignan-Salière 1665-1668, La Maison des ancêtres, Drummonville, 2004.

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