Le Régiment de Carignan-Salière - 1665

Carignan-Saliere 66

1.   Ce qu’il est

Le Régiment de Carignan-Salière était formé du colonel Henry Chastelard de Salière, d’un lieutenant-colonel, d’un major et d’un aide-major, du maréchal des logis, de trois aumôniers, d’un chirurgien-major, de deux magasiniers et d’un assistant-magasinier.

Il comportait l’arrivée de 20 Compagnies d’environ 50 hommes/chacune.

2.   Ses compagnies

Les compagnies n’avaient pas toutes la même importance et elles ne sont pas toutes arrivées en même temps ni sur un même bateau.

On les désigne souvent du nom de leur capitaine. Ainsi, la compagnie St-Ours a à sa tête, le colonel Pierre de St-Ours (1640-1724), de famille noble. Après le licenciement du régiment, il est un des rares membres importants du régiment à s’établir en Nouvelle-France. Il épouse une Fille du Roy Marie Mullois (1643-1705), arrivée en 1665 et ils eurent 11 enfants. Pierre de St-Ours fut seigneur de St-Ours, de l’Assomption et de Deschaillons.

La compagnie Salière ayant à sa tête Henry Chastelard de Salière (1600-1680) est aussi de famille noble, de la lignée des Aymard de Chastelard du Dauphiné. Il est inhumé à St-Sulpice de Paris.

La compagnie Saurel  du capitaine Pierre de Saurel est considérée, selon Michel Lnglois, comme la meilleure. Ce valeureux capitaine épouse Catherine LeGardeur en 1668 devant le notaire Romain Becquet et assistent à ce moment important : le gouverneur Rémy de Courcelles, l’intendant Jean Talon, le capitaine Henry Chastelard de Salière et Mgr de Laval. Une vingtaine de soldats de sa compagnie s’établirent en Nouvelle-France, à son exemple, sur les bords du Richelieu et nous leur devons Sorel.

La compagnie Contrecoeur a pour capitaine Antoine Pécaudy de Contrecoeur (1596-1688), âgé de 69 ans, à la carrière militaire bien remplie. Il épouse Barbe Denis, fille mineure – elle a 15 ans - de Simon Denis de la Trinité et de Françoise Dutartre et ils ont 3 enfants. La ville de Contrecoeur se souvient de lui; il décède à 84 ans.

La compagnie Chambly est sous la responsabilité de Jacques de Chambly (1612-1687) originaire de Picardie. Il devient gouverneur de l’Acadie, de la Grenade, de la Martinique tout en étant de la Seigneurie de Chambly. Il meurt en 1687 à la Martinique. La seigneurie passa aux Hertel.

La compagnie Froment avait pour capitaine Pierre-André Froment. Avant son arrivée en Nouvelle-France, il était responsable de l’armée cantonnée en Lorraine et il demanda de se joindre au régiment Carignan-Salière. Il fut plutôt discret, signale Michel Langlois, car on ne retrace même pas de signature de lui.

La compagnie Dugué relève du capitaine Sidrac-Michel Dugué de Boisbriand (1638-1688) originaire de Nantes en Bretagne. Il reçoit le fief de Boisbriand qu’il revend à Charles Lemoyne pour payer ses dettes. Il meurt en 1687.

La compagnie Grandfontaine  est dirigée par Hector d’Andigné de Grandfontaine (1627-1698); il appartient à une des plus vieilles familles d’Anjou. Il fut d’abord capitaine du régiment du Poitou. Dès le licenciement du régiment de Carignan-Salière, il regagne la France. Il revient comme gouverneur de l’Acadie en 1670. Relevé de ses fonctions, il retourne en France en 1673. Il meurt en 1696 à Brest.

La compagnie Petit est dirigée par le capitaine Louis Petit (1629-1709) fils de marchands-laboureurs, bourgeois. Il participe à la guerre contre les Agniers et revient blessé au bras. A l’automne 1668, il retourne en France avec sa compagnie. Il se consacre aux études en vue du sacerdoce. Il revient à Québec, reçoit les 4 ordres mineurs en 1670 et devient curé de Contrecoeur. En 1676, il est nommé grand vicaire de l’Acadie jusqu’en 1690. Il revient à Québec et reprend la cure de Contrecoeur, puis celle de L’Ancienne-Lorette et se retire ensuite au séminaire de Québec. Lors de l’incendie du Séminaire en 1705, il est brûlé vif et saute du 4e étage. Il meurt à 80 ans en 1709.

La compagnie Maximy est sous la direction d’Abraham Maximy, capitaine, devenu militaire comme son père. Il repasse en France à l’automne 1668 avec des pelleteries que Charles Aubert de la Chesnaye lui confisque.

La compagnie La Fredière est sous le commandement de Balthazar-Annibal-Alexis-de-Flotte de LaFredière major et de son frère Henri de Flotte comme lieutenant. Il avait épousé la sœur de Henry de Chastelard. Il fait la vente de l’eau-de-vie aux Sauvages et sa conduite laisse à désirer. On cherche à le renvoyer en France.

La compagnie Laubia est menée par Arnoult Tarey de Laubia, capitaine du régiment de Broglie. Sa compagnie est basée à Trois-Rivières. En 1672, Talon lui concède une terre à la rivière Nicolet qu’il revend. En 1673, il repasse en France. Et ne revint pas.

La compagnie La Fouille vient au pays – une traversée de 111 jours – amenant des malades qu’il faut soigner dans l’église tellement les hôpitaux sont pleins. Il en mourut 35. C’est Philippe de Vernou, sieur de La Fouille qui dirige cette compagnie comme capitaine. Il était à la tête d’un régiment en Poitou. Il a environ 30 ans. Il est cantonné à Château-Richer. Il devient commandant sur la Côte de Beaupré. Puis, il retourne en France.

La compagnie La Tour est commandée par Jean de La Tour Escande et est cantonnée au Richelieu. Il participe à la construction du fort de Chambly. Il repasse en France.

La compagnie Rougemont  du capitaine Étienne de Rougemont est cantonnée au fort Ste-Thérèse et dans ceux du Richelieu. Il repart en 1668.

La compagnie Naurois est conduite par Pierre de Naurois qui sitôt arrivé sollicite un congé pour retourner en France et on le lui refuse. Il est surtout cantonné au Cap-de-la-Madeleine. Il repasse en France en 1668.

La compagnie La Varenne est dirigé par le capitaine Roger Bonneau de La Varenne (1636-1709) de Bourbonnais. Il avoue au commandant Salière que sans les Algonquins, ils seraient morts de froid et de faim lors de l’expédition de l’hiver 1665-1666. Il meurt en France.

La compagnie La Motte est sous la direction de Pierre de Saint-Paul Lamotte, capitaine. Avec la compagnie Grandfontaine, elles doivent construire un chemin entre le fort Ste-Thérèse et le fort de Chambly. Ensuite, la compagnie Lamotte est cantonnée au fort Ste-Anne au lac Champlain. Talon a rendu un vibrant témoignage au capitaine Lamotte.

Puis, il y a La Colonelle sous les ordres de Jean-Baptiste de Cocreaumont et de Saint-Maurice qui commande l’artillerie. Il est le premier à retourner en France pour rendre compte de la prise du fort des Agniers.

Mais ce n’est pas tout…Même si cela représente un corps important, 4 autres compagnies se sont jointes au Régiment de Carignan-Salière. Parties bien avant les 20 compagnies nommées, elles étaient sous les ordres du célèbre Sieur de Tracy; elles n’appartiennent pas au Régiment Carignan-Salière. Tracy, à bord du Brésé était allé en reconnaissance vers les îles Madore, le Cap vert, la Guyanne, La Martinique et la Guadeloupe et, sur son retour, il côtoie la Floride, double la Bermude et la Virginie puis débouche dans le golfe St-Laurent. Il s’approvisionne en eau et en bois. On le requiert en Nouvelle-France. C’est ainsi que les 4 troupes arrivent à Québec le 16 juillet 1665 pour conforter le Régiment de Carignan-Salière. Quel déploiement ! Ce sont : la compagnie Lallier et son capitaine Isaac Berthier, la compagnie Chambellé et son capitaine Olivier Morel de La Durantaye, la compagnie Poitou de François Tapie de Monteil et la compagnie Orléans d’André de la Brisardière. Et une certaine VICTOIRE sur les Iroquois a permis un climat d’apaisement en Nouvelle-France pour assurer son développement. Des mois de guerre, une centaine de soldats morts et le Régiment est relevé de fonction. 400 soldats et 30 officiers s’intègrent à la population; le roi leur assure 100 Livres pour s’établir en Nouvelle-France.

3.   Soldats mariés à des Filles du Roy

164 soldats et officiers épousent des Filles du Roy.

Trois listes peuvent être consultées sur le site à ce sujet :

a) la liste des Filles du Roy

b) la liste des militaires

c) la liste des compagnies

Nous avons intégré les soldats de Tracy établis en Nouvelle-France.

4.   Soldats « témoins » à des mariages de Filles du Roy

Il y a des soldats qui ont assumé le rôle de témoins à certains mariages de Filles du Roy. Exemples :

a)    l’aumônier de l’État-major du régiment : Jean-Baptiste d’Égriselles au contrat de mariage de Michelle Charlier et Jean Gazaille, le 1er octobre 1668 et il assiste au contrat de mariage de Catherine de Lostelneau le 9 octobre 1668 ;

b)   le lieutenant François Ferraud de la compagnie Salière est témoin au mariage de Catherine Moitié et Désiré Viger, le 19 septembre 1667 à Montréal ;

c)    André Barsa et Michel Margotain sont témoins au contrat de mariage de Jeanne Collet et Mathieu Binet, leur compagnon d’armes, le 5 novembre 1668 ;

d)   Jean-Georges Chapuis de la compagnie Duprat/Des Portes est témoin au contrat de mariage de Jeanne Charton, le 9 octobre 1667 et, le lendemain, à celui de Geneviève Sageot et d’Antoine Adhémar de la compagnie Saurel ;

e)    Laurent Cambin de la compagnie Dugué est témoin au contrat de mariage de Marie Major et d’Antoine Roy dit Desjardins, le 6 septembre 1668, à Québec et il assiste au mariage de Barbe Lefebvre et de Mathurin Goyer, le 14 janvier 1669, à Montréal.

Et il y en a probablement d’autres qui peuvent témoigner de ce moment important des Filles du Roy.

5.   Soldats « présents » à des mariages de Filles du Roy

Certains sont tout simplement présents à des mariages de Filles du Roy ; il s’agirait de voir à quel titre se situe leur présence : sont-ils des voisins ? sont-ils des compagnons de compagnie ? y a-t-il des liens de parenté entre eux et elles ?, etc. Exemples :

a)    Les capitaines Saurel, St-Ours et Contrecoeur sont présents au contrat de mariage de Marie-Rose Collin et Charles Millouin, le 3 septembre 1670 devant le notaire Romain Becquet;

b)   Hector d’Andigné de Grandnaison, capitaine, assiste au contrat de mariage de M.-Rogère Lepage et Roch Thoéry de l’Ormeau, le 4 décembre 1667;

c)    Arnault du Tarey, capitaine de Laubia, est présent au mariage de Catherine Lostelneau, Fille du Roy de 1668, et de Charles Vitré de la Trinité, le 8 octobre 1668, à Québec;

d)   Antoine Barrois de la compagnie La Varenne assiste au mariage de Marguerite-Françoise Moreau et de Mathieu Faye, le 30 septembre 1670, à Montréal;

e)    Étienne Abillaud de la compagnie Lamotte assiste au contrat de mariage de Marguerite de Nevelet et d’Abraham Bouat, le 11 mars 1670 et il signe.

Ces quelques exemples pourraient se multiplier…On pourrait même aller jusqu’à considérer que ce sont les filles des Filles du Roy qui épousent des militaires…Un seul exemple : René Poupart de la compagnie Chambly  épouse Marie Gendron, la fille d’Anne Loiseau arrivée en 1664 et de Guillaume Gendron, le 6 avril 1679, à Boucherville.

6.   Soldats qui se sont mariés en Nouvelle-France mais pas avec des Filles du Roy…

Soulignons quelques noms surtout d’officiers qui épousèrent d’autres filles que des Filles du Roy…le capitaine Chambly a pour fiancée M.-Françoise Thavenet, de la paroisse St-Sulpice, à Paris, et il lui fait don de sa seigneurie de Chambly à condition qu’elle habite à Chambly… elle ne vint jamais ; François Pollet de La Combe Pocatière, maréchal des logis à l’État-major du Régiment Carignan-Salière, qui épouse Marie-Anne Juchereau, fille de Nicolas Juchereau et de M.-Thérèse Giffard, le 28 novembre 1669, à Québec ; Antoine Pécaudy de Contrecoeur épouse, à 70 ans, Barbe Denis, fille de Simon Denis et de Françoise Dutartre, le 17 septembre 1667, donnant l’exemple à ses soldats…

Conclusion

Des noms célèbres du régiment de Carignan-Salière jalonnent encore aujourd’hui notre histoire ; des seigneuries ont donné naissance à des villes et des environnements émaillant notre territoire : Berthier, Boisbriand, Chambly, Contrecoeur, La Durantaye, Longueuil, La Pérade, La Pocatière,  Saint-Ours, Sorel, Varennes, et combien d’autres. Des hommes prêts à donner leur vie pour la survie de la Nouvelle-France sans oublier leurs mères et leurs épouses trop souvent demeurées dans l’ombre. Que leurs VIES nous soient racontées, chantées, théâtralisées, portées aux écrans de télévision et de cinéma et surtout publiées de diverses façons …ils ont été et sont des piliers de notre histoire.

Irène Belleau
mars 2014.
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Référence essentielle : Michel Langlois, Carignan-Salière, 1665-1668, La Maison des ancêtres inc., Drummonville, 2004, 517 pages.

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