14 ou 17 Filles du Roy arrivées en 1664?

Comme pour l’année 1663, comparons les listes des Filles du Roy de 1664.

Pour 1663, Yves Landry en dénombrait 36, Silvio Dumas 38 et Paul-André Leclerc 69.

Pour 1664, voici le résultat : Landry, 14; Dumas et Leclerc, tous deux, 17. En principe, la liste des 14 Filles du Roy dénombrées par Landry est déjà connue et figure sur le site.

La liste de Silvio Dumas

Elle comprend 2 Filles du Roy non répertoriées par Yves Landry. Ce sont Jeanne Cerisier et Madeleine Dutaut.

Jeanne Cerisier

Elle est née vers 1641 (1637 selon Michel Langlois), elle est la fille de Jacques et de Marie de Lalande de Tours en Touraine (de la ville d’Amboise, selon Silvio Dumas); elle a un frère Jacques né le 14 novembre 1642 à Mosnes, dans l’Indre-et-Loire, selon le dossier ORIGINE. Elle est arrivée, selon Silvio Dumas, par le premier navire le 25 mai probablement avec d’autres Filles du Roy comme Jeanne Dodier que l’on retrouve à Trois-Rivières comme marraine le 15 août 1663; elle est confirmée à Québec, le 3 juin 1664, et elle devient servante de Madame Louis Rouer de Villeray OU bien était-elle sur Le Taureau, le 10 mai 1663, selon Michel Langlois. Elle épouse François Duclos, 27 ans en 1660, fils de Charles et de Madeleine Boutart, de Normandie, né en 1631, soldat, en décembre 1665 à Trois-Rivières après avoir signé un contrat de mariage le 26 novembre précédent devant le notaire La Touche. Au recensement de 1681, ils sont à Batiscan, l’aînée de leurs enfants a 14 ans. Ils en eurent 8. Jeanne décède le 12 septembre 1709 et François le 4 février 1711 à Batiscan.

Madeleine Dutaut 

Elle est baptisée le 13 juillet 1649 au temple calviniste de La Rochelle; elle est la fille de Pierre et de Jeanne Perrin; elle est la sœur de Charles Dutaut qui épouse Jeanne Rivard et de Marie Duteau qui épouse Michel Lemay. Ce groupe « parental » est sur le Pierre-Guillaume en 1658. Madeleine épouse Nicolas Leblanc dit Labrie de Paris, devant le notaire La Touche le 2 novembre 1664, et ils ont 7 enfants. C’est sans doute à cause du mariage en 1664 que Silvio Dumas la classe parmi les Filles du Roy de 1664. Mais elle ne correspond pas aux critères d’Yves Landry puisqu’elle est arrivée en 1658.

De plus, Catherine Pillard de 1663 pour Landry est inscrite en 1664 par Dumas. Aller savoir pourquoi ?

La liste de Paul-André Leclerc

Il ignore Claude de Mangeon, Marie Montminy et Catherine Cottin d’Arras. Mais il ajoute à la liste de Landry 6 nouvelles Filles du Roy.

1. Marie Chatton 

Originaire de La Rochelle, orpheline de père et de mère, elle épouse Pierre (de) Lagarde, fils d’Abraham et de Marguerite Chancospins, en février 1667 et devant le notaire Ameau le 5 février. Au recensement de 1681, ils sont à Batiscan. Ils n’eurent pas d’enfant.

2. Louise Lacoustre/Lecoutre/Le Loutre

On ne sait rien de son origine. Elle épouse vers 1666 Nicolas Crevier, Sieur de Bellerive, arrivé en 1655, fils de Christophe et de Jeanne Évrard, de La Rochelle. Ils se sont épousés probablement au Cap-de-la-Madeleine. Au recensement de 1666, ils ont un enfant de 3 mois mais on ne les retrouve pas au recensement de 1681. Toutefois, le PRDH donne la liste de leurs 11 enfants dont deux filles, l’une Marie-Jeanne qui se fit religieuse de la Congrégation de Notre-Dame sous le nom de religion de Sœur Sainte-Hélène, elle mourut le 21 février 1726 à Montréal. Des 10 autres enfants, 5 se marient et 2 seulement meurent en bas âge. Ils sont tous établis dans la région de Trois-Rivières : Cap-de-la-Madeleine et  Louiseville.

Note : On retrouve dans les archives, une autre Lecoustre, Catherine, venue ici, comme hospitalière, au nom de Mère Sainte-Agnès, mais on ignore s’il y a des liens avec Louise ci-haut nommée. Cette religieuse Lecoustre a 31 ans en 1657, elle fait profession le 30 avril 1658 et meurt le 6 novembre 1687.

3. Marie Letard/Lestard/Lessard

Elle est la fille de Marin et de Andrée Bélanger; elle épouse Jean-Isaac Roussin, fils de Pierre, le 28 octobre 1655 à Québec et n’eurent pas d’enfant. On ne sait vraiment pas pourquoi Paul-André Leclerc l’inscrit parmi les Filles du Roy puisqu’à son arrivée ici, en 1655, elle a 60 ans et qu’elle est domestique.

Et les 3 sœurs Vézina 

Elles sont les filles de Jacques, Maître tonnelier, et de Marie Boisdon de Rochefort. Ils ont eu 5 enfants nés à La Rochelle et on les retrouve tous les 5 en Nouvelle-France. Le père arrive en 1659, il a une terre en 1660, sa femme et 4 de leurs enfants arrivent vers 1663.

4. Marie Vézina 

Elle est née vers 1648, elle épouse Antoine Ossant/Auton, de La Rochelle, fils d’André (décédé) et de Catherine Gallier, à Québec, le 5 octobre 1671 devant le notaire Paul Vachon et ils eurent 4 enfants dont 2 se marièrent. Antoine Ossant est sur le Noir de Hollande  à son arrivée en 1664; il est domestique chez Jacques Marette à Beaupré en 1667. Elle mourut à L’Ange-Gardien en 1705.

5. Louise Vézina 

Elle est née vers 1652, elle épouse Charles Garnier, fils de Guillaume et de Françoise Deschalets, le 21 décembre 1664, devant le notaire Auber et ils eurent 11 enfants et s’établirent à Château-Richer. C’est Guillemette Hébert, veuve de Guillaume Couillard qui remet à Charles le titre officiel de sa concession le 1er janvier 1664. Charles fut aussi le tuteur des enfants mineurs d’Antoine Ossant en 1685. Louise est décédée le 1er décembre 1714.

6. Anne Vézina

Elle est née vers 1650, elle épouse René Brisson du Tilly, le 6 septembre 1664 devant le notaire Paul Vachon et elle meurt le 29 décembre 1687 à L’Ange-Gardien.  Ils eurent 11 enfants dont un seul mort en bas âge.

Si Paul-André Leclerc les inscrit en 1664, c’est sans nul doute à cause de leurs mariages effectués cette année là du moins pour 2 d’entre elles.

Puis, il y eut aussi en Nouvelle-France François Vézina, le frère des 3 ci-haut nommées. Il épouse Marie-Jeanne Marier, fille de Denis et de Madeleine Bienvenu de St-Sulpice de Paris, le 29 octobre 1670, à Château-Richer et devant le notaire Romain Becquet, le 26 septembre précédent.

Leurs 8 enfants vécurent à L’Ange-Gardien  et s’y marièrent sauf Nicolas à Beauport.

Pourquoi les 3 sœurs Vézina ne sont-elles pas reconnues comme Filles du Roy arrivées en 1663 dont 2 se marièrent en 1664 et l’une en 1671 ? Mystère!

Le travail de recherche amorcé depuis 2010 par la Société d’histoire des Filles du Roy et par ceux et celles qui veulent faire la lumière sur la période 1663-1673 de notre histoire nationale permettra peut-être de savourer un jour la reconnaissance de plus de 800 femmes de cet épisode devenues les Mères de la nation québécoise.

Donc, pour 1664, Landry en reconnaît 14; Dumas ajoute Cerisier, Dutaut et Pillard, ce qui fait 17. Leclerc n’inscrit pas 3 des Filles de Landry : Mangeon, Montminy et Cottin d’Arras ce qui donne 14 – 3 = 11. Mais il en ajoute  6 ce qui totalise 17.

Autres différences 

Fidèle a son principe de ne reconnaître dans son ouvrage que le premier mariage des Filles du Roy, Leclerc ignore par conséquent le mariage annulé de Catherine Barré, les 2 mariages annulés de Françoise Charron, les 2e et 3e mariages de Marguerite Gaillard-Duplessis et enfin, le 2e mariage d’Anne Loiseau. Grave erreur comme si on coupait une partie de la VIE de ces femmes !

Quant à la graphie, Marie-Sainte Vié de Landry devient Marie-Xainte Vivier pour Dumas et Leclerc. Enfin, Claude de Mangeon devient chez Dumas Claude de Manchon.

Puissions-nous, par notre recherche d’HISTOIRE, redonner à toutes ces femmes la valeur dû à leur rôle et à la richesse de l’héritage qu’elles nous ont laissé.

Note 1 : L’étude comparative pour 1663 est disponible sur le site sous le titre : 22, 36 ou 68 Filles du Roy arrivées en 1663?
La même étude comparative sera effectuée pour chacune des années jusqu’en 1673 et deviendra disponible sur le site.

Note 2 : Les notices biographiques demeurent sommaires c’est-à-dire qu’elles ne réussissent qu’à jeter un regard sur ces VIES. Il y a tellement à dire…

Irène Belleau
7 juin 2014
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