Intervention aux États généraux sur les commémorations

Le Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ) a organisé du 6 au 8 octobre 2016 en collaboration avec plusieurs partenaires et commanditaires, des États généraux sur les commémorations.
Michel belleau, administrateur de la SHFR, a prononcé une allocution.

Les commémorations 2013 pour souligner l’arrivée des premières Filles du Roy en Nouvelle-France

La volonté de redonner ses lettres de noblesse aux Filles du Roy est à l’origine de la fondation de la Société d’histoire des Filles du Roy (SHFR). C’est à la suite d’un colloque que nous avons organisé en 2008 dans le cadre des Fêtes du 400e de Québec que tout a commencé. Nous avions eu alors l’aide de Laurier Turgeon, professeur au département d’histoire de l’Université Laval qui nous avait permis de nous insérer dans le congrès du CTHS, le Comité des travaux historiques et scientifiques venu de France à l’occasion des festivités de Québec.
La participation de plus de 400 personnes lors cette journée mémorable avait convaincu un petit groupe de personnes de l’importance de fonder la SHFR avec pour mandat principal de faire connaître et reconnaître les Filles du Roy comme les Mères de notre Nation. C’est ainsi qu’est née la SHFR à l’été 2010.

Un projet fou !

Avec deux ans d’existence, bien jeune encore, avec un compte en banque quasi inexistant mais bourrée d’énergie et d’audace, la SHFR décide de se lancer dans un projet complètement fou : profiter de l’année 2013, année  du 350e anniversaire de l’arrivée des premières Filles du Roy en Nouvelle-France (1663-2013) pour organiser des commémorations grandioses au Québec comme en France.
C’est une rencontre avec Maud Sirois-Belle, une Québécoise émigrée en France, présidente de la Société d’histoire et d’archéologie du 13e arrondissement de Paris, qui déclenche le tout. Celle-ci nous propose de se joindre à elle pour organiser des commémorations conjointes afin de souligner le départ de France et l’arrivée au Québec de ce premier contingent. La Commission franco-québécois sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC) est prête à  agir comme groupe de soutien pour le projet.
Malgré un certain scepticisme au départ, le projet apparait rapidement comme une opportunité en or pour créer un évènement puissant d’envergure internationale qui nous permettra de véritablement mettre en scène les Filles du Roy pour les faire connaitre et reconnaitre sur les deux continents.
Après une brève période de réflexion et de consultation, le Conseil d’administration de la SHFR décide de se lancer dans l’aventure après avoir fait la liste des pour et des contre. La balance a penché nettement en faveur des nombreux avantages qu’offrait  le projet.

Une idée force !

La venue des Filles du Roy en Nouvelle-France est un des mythes fondateurs du peuple québécois. Qui d’entre nous n’a pas entendu parler, à un moment ou un autre, des Filles du Roy venues de France pour se marier et fonder des familles ?
C’est cette idée force qui nous a amenés à fonder la SHFR et qui, pensions-nous, allait maintenant, avec ces commémorations, nous aider à les propulser sur le devant de la scène.
Très rapidement, nous avons senti que ces commémorations allaient devenir un tremplin formidable pour faire parler des Filles du Roy pendant un an et sur les deux continents.
Nous avons été convaincus que l’idée d’organiser des commémorations pour souligner le 350e anniversaire de l’arrivée au pays des premières Filles du Roy allait toucher les gens et donner une impulsion importante aux objectifs de la Société d’histoire des Filles du Roy qui, rappelons-le,  s’était donné comme mission de faire connaitre et reconnaître nos premières grands-mères.
Ce fut notre leitmotiv pendant toute la phase d’organisation des commémorations. Nous nous y sommes référés à tous les moments importants  pour nous assurer de garder le cap.

Des commémorations accessibles

Dans nos réflexions de départ, nous avons voulu faire de ces commémorations, un véritable projet populaire destiné à rejoindre le plus large public possible.
Nous voulions éviter d’en faire uniquement un exercice universitaire destiné à une poignée d’initiés. Mais, nous ne voulions pas ignorer l’expertise scientifique qui a trouvé largement sa place, notamment lors du voyage en France.
La SHFR a donc pris le parti de privilégier un événement qui aurait un fort retentissement populaire et un grand rayonnement médiatique autant au Québec qu’en France.

Avoir de l’audace

C’est à ce moment-là,  que nous est venue l’idée audacieuse de donner vie aux 36 Filles du Roy de 1663 en recrutant 36 femmes qui accepteraient de les incarner comme si elles étaient vraiment ces femmes de 1663. De devenir leurs doubles, leurs jumelées! Autrement dit, de porter en elles ces femmes, de leur redonner vie et voix!
Un travail assidu de rencontres avec des femmes de différents milieux a dès lors commencé. Leur expliquer notre projet, les convaincre de se joindre à nous. Peu à peu se forme un premier noyau de femmes passionnées qui vont constituer, comme Filles du Roy, les premières ambassadrices du projet des commémorations.
Ensuite, il fallait offrir de la formation afin que chacune connaisse bien la Fille du Roy qu'elle incarnerait, mais aussi la vie qui était la leur avant de quitter la France ainsi que la vie qui sera la leur après leur arrivée en Nouvelle-France. Il fallait que chacune maîtrise tout cela afin de leur rendre justice et de leur donner réellement "vie et voix"!
Il fallait aussi trouver comment ces femmes étaient habillées à l'époque. Il était essentiel pour nous que le costume des FDR soit aussi vrai que leurs propos. Un important travail de recherche s’est mis en marche sur le costume des femmes « du commun » au milieu du XVIIe siècle. Puis, ce furent des ateliers de couture pour aider les jumelées à tailler et coudre leur costume.
Il faut avouer qu’au départ, ce ne fut pas chose facile de faire accepter cette idée de confier à des personnes toutes nouvelles, le soin d’incarner leur Fille du Roy, avec cœur et vérité.
Pour rendre l’idée acceptable, un solide programme de formation fut mis sur pied par Danielle Pinsonneault avec qui j’ai fait équipe pour préparer les commémorations au Québec. Heureusement pour nous tous, elle avait plus de vingt ans d’expérience en formation.
Une dizaine de journées de formation furent offertes aux jumelées de l’automne 2012 jusqu’en juin 2013, la dernière ayant lieu quelques jours avant le départ du groupe pour la France.
Le principal problème que nous avons rencontré fut la fluctuation constante du nombre des jumelées.  À chaque mois, on apprenait qu’une ou deux ou trois d’entre elles devaient quitter. Les raisons le plus souvent invoquées tenaient au prix du costume à confectionner, auquel il fallait ajouter le coût du voyage en France et la grande disponibilité demandée pour la participation aux diverses activités projetées, aussi bien en France qu’au Québec. Il fallait garder le cap et  avoir confiance !
Finalement, grâce aux sept (7) femmes de la région de Trois-Rivières, nous avons pu atteindre le nombre magique de 36 Filles du Roy en janvier 2013.

Recherches biographiques

Une équipe de recherche s’est aussi mise au travail pour retracer l’histoire de vie des 36 Filles du Roy afin de fournir le contenu historique aux jumelées. Ces biographies ont donc servi de base à leur préparation afin de connaître leur Fille du Roy le mieux possible.
La SHFR sous la direction de sa présidente Irène Belleau, a publié en 2015 le résultat des recherches de cette équipe sous forme d’un recueil de biographies des 36 premières Filles du Roy arrivées en Nouvelle-France en 1663.

Créer un réseau                                                                                     

Comme les Filles du Roy se sont établies tout le long du fleuve St-Laurent de Rivière-Ouelle jusqu’à Lachine, nous avons fait appel aux sociétés d’histoire et de généalogie de toutes ces régions afin de les intéresser au projet.
C’est ainsi que nous avons accueilli une trentaine de leurs représentantes et représentants pour une réunion à Québec au printemps 2012. La réponse a été enthousiaste pour s’impliquer et participer aux commémorations.
Nous avons donc développé avec ces organismes une approche de concertation pour que s’organisent un maximum d’événements autour de l’objectif « Mieux connaître les Filles du Roy ».
Un vaste programme de commémorations s’est par la suite développé dans de nombreuses municipalités du Québec. Le programme complet a fait l’objet d’un dépliant qui a circulé à travers le Québec.
Mentionnons quelques succès de cette démarche comme ces trois recueils de biographies très fouillés sur les Filles du Roy de Neuville, sur celles de Batiscan, Sainte-Anne-de-la-Pérade et Champlain et sur celles de la région de Sorel-Tracy !

Renouveler l’image

En organisant ces commémorations, nous avons aussi voulu renouveler l’image des Filles du Roy qui sont souvent représentées dans les médias et diverses publications par des femmes portant des vêtements plus adaptés à la cour de Versailles qu’à la vie toute simple des Filles du Roy.
Nous avons fait appel à l’artiste peintre Sophie Moisan avec laquelle nous avons établi une collaboration depuis le colloque de 2008. Celle-ci a produit, entre autres, le tableau emblématique pour les commémorations 2013 représentant un arbre avec les 36 Filles du Roy.
Par son style pictural unique, Sophie Moisan a ainsi contribué à renouveler et actualiser l’image des Filles du Roy. 

Des partenaires indéfectibles

La réussite d’un tel projet de commémorations ne peut se faire en vase clos. Nous avons pu compter sur l’appui indéfectible de quelques partenaires. Je veux les remercier publiquement parce que, sans eux, ce projet n’aurait jamais eu l’impact et le panache que les commémorations ont connus au Québec comme en France.
Je mentionnerai ici quatre d’entre eux qui ont été particulièrement déterminants :
-       Les Fêtes de la Nouvelle-France avec son directeur, M. Stéphan Parent
-       L’Association Québec-France avec son équipe de travail et, en particulier, le président du secteur des Deux-Rives, M. Paul Lacasse
-       La maison Saint-Gabriel avec sa directrice, Sœur Madeleine Juneau
-       La Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs pour avoir publicisé et appuyé les commémorations

Les Fêtes de la Nouvelle-France

La collaboration qui s’est établie entre nous et les Fêtes de la Nouvelle-France a été le socle sur lequel nous avons bâti le projet des commémorations. Sans cet engagement de M. Stéphan Parent, je pense que nous aurions dû abandonner ou, du moins, réduire considérablement l’ampleur du projet.
Les FNF se sont embarquées pleinement dans le projet des commémorations en adoptant comme thème en 2013 : À nos héroïnes, femmes connues et méconnues. Toutes les activités se sont déroulées  en plaçant les femmes et les Filles du Roy au centre de leur événement.
L’arrivée des Filles du Roy sur l’Aigle D’Or a marqué le début des festivités. Des milliers de personnes sont venues les accueillir sur les quais. L’atmosphère était sans pareil. Ce fut le point de départ des commémorations au Québec. Un point de départ grandiose !
Il fut reconnu par la suite que le succès des Fêtes de la Nouvelle-France 2013 était attribuable en grande partie à l’arrivée en bateau des Filles du Roy et à leur participation active aux fêtes.

La Maison St-Gabriel

Dès février 2012, les échanges ont commencé avec Sœur Madeleine Juneau, la directrice de la Maison Saint-Gabriel. Celle-ci s’est résolument mise au travail pour accomplir un travail exceptionnel.
Mentionnons, entre autres, le Parc Marguerite-Bourgeois près de la Maison Saint Gabriel qui a maintenant un sentier dédié aux Filles du Roy de même qu’une fresque sur le mur d’une école dans le quartier.
Sœur Juneau a aussi réussi à faire désigner «Bâtisseuses de la cité», les 36 Filles du Roy de même qu’obtenir qu’une partie de la rue du Parc Marguerite-Bourgeoys, située dans l’arrondissement du Sud-Ouest, soit renommée rue des Filles-du-Roy.

Un hébergement salutaire

Après le lancement du projet dans les premiers mois de 2012, nous avons eu la chance d’être accueillis par l’Association Québec-France qui nous a offert un local à la Maison Fornel, Place-Royale à Québec.
Avoir pignon sur rue dans le secteur historique de Place-Royale, soutenu par un organisme apparenté au projet que nous développions, c’était inespéré ! En plus d’être hébergés, nous avons aussi reçu un support constant de leur équipe de travail. Ce fut un apport important, même décisif et fort apprécié dans le chemin parfois sinueux dans lequel nous nous étions engagés.

Une exposition sur les Filles du Roy

Grâce à l’Association Québec-France, nous avons aussi pu utiliser les voûtes de la Maison Fornel pour organiser une exposition sur les Filles du Roy et la vie en Nouvelle-France pendant tout l’été 2013. Celle-ci a même fourni les services d’une étudiante qui a pris en charge l’accueil du public pendant la durée de l’exposition.
En plus d’objets sur la vie en Nouvelle-France, nous avons exposé une douzaine de tableaux de Sophie Moisan sur la vie des Filles du Roy. L’immense tableau emblématique des commémorations 2013 constituait le point central de l’exposition dès l’arrivée du visiteur.

Le voyage en France

Les commémorations en France ont été organisées par Maud-Sirois Bell sous la gouverne de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs, section française. Son président, Gilbert Pilleul a été l’accompagnateur du groupe pendant les deux (2) semaines qu’a duré le périple.
Ce fut une RÉUSSITE! Inoubliable pour les gens qui ont reçu le groupe à Paris, Rouen, Dieppe, Caen, Mortagne-au-Perche, Niort, St-Pierre d'Oléron et La Rochelle! Inoubliable aussi pour les 36 Filles du Roy qui participaient aux activités vêtues de leur costume et les quelques organisateurs qui les accompagnaient !
Partout, la réception fut à la hauteur de la mémoire des Filles du Roy que nous voulions rappeler aux Français. Ce fut particulièrement émouvant à la Salpêtrière à Paris d’où sont parties près de la moitié des Filles du Roy.
À La Rochelle, les Filles du Roy ont fait une entrée triomphale avec une réception à l’Hôtel de Ville dès leur arrivée dans cette ville d’où est parti le premier contingent en 1663. Deux jours de festivités se sont déroulés avec colloque d’experts, déambulation dans les rues de la vieille ville, départ symbolique en voilier pour la Nouvelle-France et banquet.

En voilier sur le St-Laurent

Pour retrouver les manières de faire du XVlle siècle, il fallait que la population québécoise puisse accueillir les Filles du Roy dans un grand voilier qui remontrait le fleuve à partir de Tadoussac jusqu’à Montréal.
Nous avons donc fait appel à l’école de voile Éco-Maris qui a mis à notre disposition son voilier, le Roter Sand que nous avons rebaptisé l’Aigle D’Or pour le périple des Filles du Roy.
Les Filles du Roy ont ainsi pu remonter le fleuve, le seul chemin à l'époque, faut-il le rappeler, le long duquel elles se sont établies après leur mariage, dans les seigneuries naissantes, sur des terres entièrement boisées.
Le long du grand chemin d’eau, nous avons organisé des rencontres avec la population, avec les sociétés d'histoire et ou de généalogie, parfois les municipalités, afin que notre arrivée à chaque endroit soit attendue.
Le périple a commencé par le débarquement à Tadoussac, puis à Saint-Laurent sur l'Ile d'Orléans, ensuite à Québec avec une arrivée triomphale pour l'ouverture des Fêtes de la Nouvelle-France.
Le voyage s’est poursuivi vers Trois-Rivières puis ensuite avec un arrêt de deux jours à Sorel. La dernière étape a amené les FDR devant Boucherville où des gens, venus les saluer, sont réunis sur les quais vêtus pour la plupart en costume d’époque. Puis c’est l’arrivée à Montréal où des milliers de personnes sont massés dans le Vieux-Port pour les accueillir chaleureusement.
Elles sont ensuite emmenées en calèche jusqu’à la Maison Saint-Gabriel. Elles ont été reçues comme des reines lors d’un grand banquet où elles ont rencontré leurs futurs époux.  C’est dans la joie et l’allégresse que s’est terminé le grand voyage de retour en voilier des Filles du Roy.
Le scénario d’accueil dans les ports se déroulait à peu près toujours ainsi : avant le débarquement, les FDR chantaient. Parvenues sur le quai, c’était le moment des discours de bienvenue. Puis, les rencontres avec la population : beaucoup d’intérêt, beaucoup de questions. Les FDR expliquent qui elles sont et pourquoi elles sont venues en Nouvelle-France. Ce sont ensuite les séances de photos. Les gens n'en n'ont jamais assez. Cela se poursuit en soirée et souvent le lendemain. Partout, les FDR sont surprises. Elles ne pensaient jamais soulever un tel accueil, de telles émotions!

Le financement du projet

Au début de 2012, nous avons fait appel à une spécialiste en recherche de fonds pour organiser notre campagne de financement. Avec cette personne, nous avons produit le document de base pour entreprendre les démarches. Malheureusement, nous avons constaté qu’elle ne croyait pas assez au projet pour être convaincante. Finalement, cette option n’a donné aucun résultat. Ce fut une perte de temps et d’argent.
Nous avons par la suite mis sur pied un comité de financement pour nous aider à obtenir du financement. Nous avons frappé à de nombreuses portes, qui pour la plupart, sont restées fermées.
Quant à l’aide gouvernementale, la plupart des programmes sont restés inaccessibles. L’aide que nous avons obtenue nous est venue principalement de députés et de  ministres qui ont contribué avec de petits montants à partir de leurs enveloppes ministérielles ou de comté.
À ce chapitre, ce fut extrêmement décevant car aucune autre institution québécoise importante n’a répondu à l’appel, malgré de fort nombreuses démarches. Le temps trop court a peut-être joué contre nous de même que le fait de ne pas être suffisamment connus.
La recherche de financement dans un projet de commémoration est un véritable problème. Il faudra le regarder en face si nous voulons voir se développer les commémorations au Québec.

Une aide déterminante

L’aide financière de 25 000 $ que nous avons reçue de la Centrale des syndicats du Québec au début de 2013 a été notre bouée de sauvetage. Sans ce montant, nous aurions dû fermer les livres.

Il peut paraître étonnant qu’une centrale syndicale ait contribué à un tel projet. D’abord, un bon nombre de jumelées provenaient ou avaient milité à la CSQ. Notre projet visait la réhabilitation et la valorisation de près de 800 femmes venues mettre au monde, notre Nation Des femmes que l’histoire a bafouées et trahies. De plus, la CSQ  représente des personnels qui, pour les 2/3, sont des femmes. Et la CSQ a toujours pris parti pour les causes et projets à caractère social et féministe.

Location du voilier

Le voyage en voilier des Filles du Roy a aussi été tout un casse-tête. Cette fois-ci, c’est à Madame Agnès Maltais, notamment Ministre responsable de la Condition féminine, Ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, que nous devons l’important coup de pouce financier qui nous a permis d’assurer  le périple  des Filles du Roy sur le grand fleuve jusqu'à Montréal.
Encore là, ce furent de longues démarches qui ont abouti in extrémis quelques jours avant le début du voyage. Les Filles du Roy ont aussi contribué en payant leur passage, selon la section qu’elles allaient parcourir.
Les négociations avec ÉcoMaris ont été difficiles car nous n’avions pas le montant total demandé . Nous avons dû faire des pieds et des mains pour pouvoir conserver l’intégralité du voyage, avec l’escale à Tadoussac.
Raconter cette histoire démontre la précarité des moyens dont nous disposions. C’était parfois plutôt stressant à vivre ! Heureusement, le comité 2013 de la SHFR en charge du projet, qui était consulté régulièrement sur les dispositions à prendre, était toujours là, attentif et décidé !

Activités bénéfices
De nombreuses activités de financement populaire ont été organisées par nos propres moyens ou en collaboration avec l’Association Québec-France. Un souper bénéfice à 100 $ le couvert a permis d’amasser un montant appréciable.
Pour assurer que toutes les jumelées puissent venir au voyage mémoriel en France, un comité de jumelées s’est formé et a lancé un important tirage au niveau provincial qui s’est tenu au printemps 2013. Leur travail acharné a permis d’amasser une somme suffisante pour défrayer la moitié du coût du voyage d’une jumelée, soit 1 500 $.  

Un coffret comme legs

Nous avions une autre préoccupation pendant que nous organisions les commémorations, c’était de faire en sorte de conserver une mémoire de tous ces événements qui allaient se dérouler autant en France qu’au Québec.
Nous avons fait appel à deux professionnels des médias, Audrey Pernis et Alain D’Eer, qui ont accepté de prendre en charge ce volet en tenant compte des moyens financiers dont nous disposions.
C’est ainsi que, dès 2012, les tournages ont débuté lors des formations des jumelées. Et pendant toute l’année 2013, des images lumineuses, des moments forts et des voix enthousiastes ont été captés.
À partir de cette riche matière, deux documentaires ont été produits :
-       L’Arrivée des Filles du Roy raconte l’aventure extraordinaire de cinq Québécoises qui ont personnifié une des Filles du Roy de 1663.
-       De Filles du Roy à Mères de la Nation met en lumière le rôle historique crucial des Filles du Roy dans la mise au monde du peuple québécois qui s’est déployé par la suite dans toute l’Amérique.
Ces documentaires constituent les pièces maîtresses du coffret souvenir produit par la SHFR et offert à la population comme legs des commémorations de 2013.
Riche et inédit, ce coffret contient la somme de toutes les informations pertinentes qui ont été recueillies pendant cette année 2013 dédiée aux Filles du Roy. Il s’adresse à tous, petits et grands, en offrant le plaisir de partager les émotions d’une aventure humaine touchante et originale dans des décors souvent impressionnants et même poétiques. Il pourra être utilisé avec profit autant par les étudiants, les personnes curieuses ou passionnées d’histoire que par les chercheurs.

Les principales difficultés

En y réfléchissant bien, je crois que la difficulté la plus importante que nous avons dû surmonter, c’est le temps qui fut trop court pour préparer ces commémorations au Québec comme en France. Nous avons commencé le travail en 2012 ce qui était nettement insuffisant pour réaliser le projet avec l’ampleur que nous avons voulu lui donner.
L’équipe de base, Danielle Pinsonneault et moi, était plutôt réduite pour concrétiser le projet que nous espérions réaliser... Nous avons donc travaillé des semaines entières pendant plusieurs mois, sous un stress important, pour y parvenir.
Nous avons travaillé principalement avec le comité 2013 dont les membres nous ont toujours soutenus auprès du CA de la SHFR. Une anecdote vous fera comprendre qu’il régnait un certain climat d’inquiétude au CA de la SHFR. Deux administratrices ont démissionné pendant cette période en refusant de cautionner le projet des commémorations dont l’ampleur risquait, selon elles, d’amener la SHFR à la banqueroute. L’expression que nous avons entendue à ce moment-là était que «nous avions trop de voilure mais pas assez de gouvernail».
On doit dire, par ailleurs, que malgré quelques craintes et réticences, le Conseil d’administration de la SHFR nous a toujours conservé sa confiance.
Il faut admettre que le projet tel que nous l’avions conçu, avec l’idée des jumelées et les deux voyages, le voyage de mémoire en France et celui sur le fleuve en voilier, avait une amplitude qui nous a parfois dépassés et à laquelle nous avons dû répondre.
D’autant  plus, que dans nos moments de découragement, nous nous disions qu’il était impossible d’abandonner ne serait-ce que pour respecter nos engagements envers les jumelées qui nous faisaient confiance et qui croyaient fermement au projet.
Au fil des jours, il s’est établi entre nous une forme de synergie qui a résulté en une « foi » et un enthousiasme communicatif qui ont « dopé » le projet. Nous allions nous ajuster aux moyens que nous aurions et notre projet fou se réaliserait ! Un point, un trait !

Audacieux ou téméraire

Jusqu’où peut-on être audacieux sans devenir téméraire ? Voilà une question à laquelle il est difficile de répondre. C’est sûr que si nous avions appliqué les critères administratifs connus et en vigueur dans les grandes institutions publiques, ce projet ne serait jamais né et cela aurait été  bien dommage !
Nous avons cru à une idée force, à un projet porteur et emballant. D’autant plus, qu’à partir d’un certain moment, nous avions mis le doigt dans un engrenage dont nous ne pouvions plus nous retirer. Nous n’avions alors qu’un seul choix : livrer la marchandise !

Les retombées

Dans la foulée des commémorations 2013, la principale retombée est la continuation du programme des jumelées qui sont maintenant près d’une centaine. Chaque année depuis 2014, un nouveau groupe se forme pour continuer à personnifier les Filles du Roy de l’année en cours. En 2014, nous avons incarné les Filles du Roy arrivées en 1664 ; en 2015, ce furent les Filles du Roy arrivées en 1665, et ainsi de suite.
De plus, en 2017, dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal, une quinzaine de femmes ont choisi de personnifier les Filles du Roy qui se sont installées dans la région de Montréal. Elles sont déjà en train de suivre leur formation. À ces nouvelles jumelées s’ajoutent une vingtaine d’autres des années antérieures, pour un total d’une quarantaine de Filles du Roy qui participeront aux activités de Montréal.
Une autre retombée directement reliée aux commémorations, concerne Tadoussac où a commencé le périple des Filles du Roy en 2013. Cette municipalité a décidé de développer un volet historique en organisant dorénavant un événement annuel auquel participeront les Filles du Roy. Une première a eu lieu cet été.

En guise de conclusion

L’arrivée des Filles du Roy de 1663 à 1673 venues en Nouvelle-France pour fonder des familles a contribué de façon marquante à la naissance de notre peuple. Les Québécoises et les Québécois devraient être très fiers d’être les descendants de ces femmes courageuses.
C’est cette fierté reliée à nos racines que nous avons voulu susciter en organisant les commémorations 2013.
Il faut donner à ces valeureuses femmes la place qui leur revient dans l’histoire. C’est ce qu’a voulu faire le gouvernement du Québec en 2013 en inscrivant l’arrivée des Filles du Roy au Registre du patrimoine culturel du Québec.
Lors d’une entrevue en 2013, Gabrielle Girard-Lacasse, une des jeunes jumelées de 2013, résume ainsi son engagement dans les commémorations : «Ce sont des femmes qui ont été anonymes comme la plupart des femmes dans l’histoire. Les Filles du Roy ont fait des choses assez importantes, peupler un pays, ce n’est pas rien ! Que leur identité soit encore embrouillée 350 ans plus tard, je trouve que ça n’a pas de bon sens. Rétablir leur réputation et leur faire justice, pour moi, c’est une démarche humaniste et féministe».
Et à toutes celles et tous ceux qui pourraient douter de leur capacité à organiser des commémorations lorsque la nécessité se fait sentir, je leur dédie cette pensée de Nelson Mandela : «Cela semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’on le fasse !».

Michel Belleau                                                                                                           
Québec, 6 octobre 2016

MNQ

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