Les maladies mortelles et épidémies en Nouvelle-France au XVIIe siècle

Les maladies mortelles et épidémies en Nouvelle-France au XVIIe siècle

 

Les sources disponibles et les données précises sur ce vaste sujet sont fort difficiles à trouver, contrairement à celles du XVIIIe siècle.

« Les registres d’état civil, même si les mentions des dernières fins d’un individu s’attardent surtout à décrire les morts édifiantes, révèlent des comportements et des attitudes face à la maladie. Pour beaucoup, les préceptes de l’Église servent de guide. Ils prônent la résignation et la patience face à la maladie, une épreuve envoyée par Dieu pour éprouver la foi des gens. En 1701, à Charlesbourg, Marguerite Trudel est inhumée après avoir été plus de cinq mois malade et avoir tout souffert avec une grande résignation » [1].

Au cours du XVIIe siècle, plusieurs auteurs affirment à répétition que la bonne qualité de l’air assure le bon état de santé des habitants, dont le père Vimont en 1640 et Pierre Boucher en 1664. Et même « Ruette D’Auteuil en 1715, tout en s’empressant de souligner l’origine étrangère des épidémies. »[2] Mais les conditions d’hygiène, surtout dans les villes, sont propices aux maladies infectieuses. Sans compter que le vocabulaire et  certains vocables en usage peuvent aisément nous induire en erreur si nous comparons avec les réalités d’aujourd’hui…

« En 1686, le gouverneur Denonville énumère les affections les plus fréquentes en Nouvelle-France : les Canadiens seraient touchés par les écrouelles (scrofules), les vers, le haut mal (épilepsie), les cours de ventre (diarrhée) qui dégénèreraient quelquefois en flux de sang (dysenterie), le rhumatisme, les descentes des boyaux (hernies) et la goutte froide (goutte où les douleurs articulaires varient mais sans excès) »[3]. Le médecin Michel Sarrazin, en 1728, rapporte que « les plurésies, les flux, le scorbut ont étez les maladies dominantes et régnantes. »

Certaines maladies infectieuses qui ont frappées surtout au XIXe siècle étaient probablement déjà présentes au XVIIe siècle, mais moins nettement identifiables, par exemple :  la consomption, la phtisie, la scrofule ou les écrouelles, la fièvre hectique ou un état léthargique ne désignent pas à tout coup la tuberculose, mais pourraient trahir des cas de tuberculose Seule une analyse de squelettes de l’époque pourrait apporter quelques éléments permettant de trancher.[4]

Marie-de-l’Incarnation aurait souffert de « flux hépatique »[5] qui serait, selon un dictionnaire de médecine du début du XIXe siècle, une espèce de diarrhée purulo-sanguignolente, provenant d’une affection du foie.

Il apparaît clairement dans le Tableau no 2 relevant les naissances, mariages et décès entre 1621 et 1725 au Canada, que le XVIIIe siècle a été beaucoup plus mortel que le siècle précédent.[6] La petite vérole ou variole arrive au premier rang des maladies infectieuses ou parasitaires, suivie par les fièvres malignes, la rougeole, la coqueluche, la grippe, les maladies vénériennes, le mal de la baie Saint-Paul et les vers, comme le révèle les archives.[7]

Ainsi, il nous faut conclure que les données très précises sur les maladies et épidémies au XVIIe siècle en Nouvelle-France sont hors d’atteinte, jusqu’à preuve du contraire.

Danielle Pinsonneault 
15 août 2020
© SHFR                                                                                                           

 


[1] Lessard Rénald, Au temps de la petite vérole, La médecine au Canada aux XVIIe et XVIIIe siècles, Septentrion, 2012, p.19

[2] Idem, p.21

[3] Idem, pp.24-25

[4] Idem, p.26

[5] Idem, p.27, note 55

[6] Idem, pp.32-33

[7] Idem, p.27

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