Nos toutes premières grands-mères

 

Anne Perrault

 

Anne Perrault naît vers 1646. Elle est la fille de Jean Perrault (ou Perrot) et Jeanne Valta, de la paroisse Saint-Sulpice, Paris (France). Les registres anciens de Paris (antérieurs à 1793), regroupés au sein de L’Hôtel de Ville de Paris et leurs doubles conservés au Palais de Justice, ont brûlé lors de la Commune en 1871. Aussi est-il impossible de connaître la date exacte de la naissance d’Anne Perrault, ni celles de ses parents, ni même de savoir si elle avait des frères et sœurs. C’est d’ailleurs le cas de la plupart des pionniers et pionnières venus de Paris au XVIIe siècle.

Les noms de ses parents, son lieu de naissance et l’année de celle-ci sont des informations retrouvées par les généalogistes québécois dans les registres paroissiaux ou dans les minutes notariales du Québec ; elles ont sans doute été fournies par Anne Perrault même, lors de son mariage avec Pierre Blais. L’un des grands objectifs des historiens du Programme de recherche en démographie historique (PRDH) de l’Université de Montréal est de jeter une lumière nouvelle sur la vie de ces pionniers en France à partir des minutes notariales françaises qui restent à dépouiller. La généalogie historique est parfois un roman à suspens, au développement long et laborieux !

Venant de Saint-Sulpice, paroisse du Faubourg Saint-Germain-des-Prés (alors l’un des bourgs les plus riches et les plus huppés au voisinage de Paris), Anne Perrault sait signer, elle a donc de l’instruction. On peut penser qu’un revers de fortune, ou des difficultés familiales (maladie ou mort de la mère ou du père) l’ont amenée dans l’une des maisons de charité tenues par des religieuses, très nombreuses dans la paroisse Saint-Sulpice. Rien ne dit cependant qu’elle fut orpheline, donc sans aucun parent.

La Salpêtrière

 

Les recrutements intensifs des filles à marier destinées à la Nouvelle-France effectués par Madame Bourdon et Elisabeth Estienne, dans les années 1669-1670-1671, s’appuient sur des critères stricts de santé, de moralité et de courage. Constatant le manque d’intérêt des campagnardes pour partir vers des cieux si lointains et réputés difficiles, les deux dames se tournent vers des bassins urbains où se trouvent concentrées davantage de femmes seules, souhaitant changer de vie.

C’est le cas des pensionnaires de la Salpêtrière (le tiers des Filles du roi en sera tiré en 1665-1668-1669-1670-1671) et des maisons de charité de Paris, ainsi que des maisons paroissiales attachées à l’archevêché de Rouen. M. de Brétonvilliers, le curé de Saint-Sulpice, a même fait savoir à l’Intendant Talon qu’il a des filles « bien qualifiées » dans sa paroisse. Sur les 250 recrues d’origine parisienne, 46 viendront de Saint-Sulpice. Alors Anne, venue de La Salpêtrière ou d’une maison de Saint-Sulpice ?… Ce qui est sûr, c’est qu’elle se retrouve en compagnie de 132 célibataires de 15 à 25 ans faisant voile vers l’Amérique en cet été de 1669, à bord du « Saint-Jean-Baptiste ». Ce sera le plus important convoi de Filles du roi.

Arrivée d’Anne Perrault

Parti de Dieppe, le bateau mouille devant Québec vers la fin juin 1669. Anne Perrault épouse Pierre Blais le 12 octobre 1669, à Sainte-Famille, Ile d’Orléans (la plupart des Filles du roi se sont mariées dans les 6 mois suivant leur arrivée). Anne apporte à la communauté des biens estimés à 300 livres (comme beaucoup de ses compagnes venant des maisons de charité ; il s’agit en réalité de vêtements et d’effets personnels – bonnets, mouchoirs, col en dentelle, ruban à soulier… – et de quelques objets utiles à la vie courante, tels aiguilles, fils, épingles…). Elle ne touche pas la dot du roi  de 50 livres (comme ce sera le cas pour plus de la moitié des Filles du roi). Le ménage s’installe sur la terre dont Pierre a reçu la concession en 1667, à Saint-Jean, Ile d’Orléans.

Anne Perrault mettra 10 enfants au monde, dont 3 mourront en bas âge (4 fils, Pierre, Antoine, Jacques et Jean, ont fait souche ; un cinquième, Joseph, engagé comme matelot en 1703, a disparu entre la France et les Antilles ; 2 filles ont contribué à l’histoire d’autres familles-souches, Marie-Anne à celle des Guillemet et Marguerite à celle des Lamy). Anne meurt en donnant naissance à sa fille Marguerite, le 29 juin 1688, à peine 20 ans après son arrivée. Elle repose dans le cimetière de Saint-Jean, Ile d’Orléans. Mais qu’a à voir avec cette histoire notre Elisabeth née « canadienne » ?

 

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