22, 36,38 ou 68 Filles du Roy arrivées en 1663?

Précision 1 : Entendons-nous pour faire ce calcul: combien sont arrivées en 1663 ou combien se sont mariées en 1663. C’est une des clés pour répondre à la question sans compter qu’il faut toujours avoir à l’oeil que ces femmes ou ces filles venaient pour se marier d’où l’importance de savoir si elles sont célibataires ou veuves et non déjà mariées.

Précision 2: Il faut considérer les arrivées de vaisseaux : les femmes ou les filles qui se marient, par exemple, en janvier 1663 ne peuvent sûrement pas être arrivées en 1663. Il faut donc considérer que ces dernières ont dû arriver en 1662 ou avant. En effet, Marie Anne Saint-Denis  de Dieppe épouse Pierre Boucher le 4 avril 1663 mais elle est arrivée en 1660 avec ses parents Pierre Saint-Denis et sa mère Vivienne Brunelle, son frère Pierre et sa soeur Anne ; elle avait 14 ans en 1660; elle a donc 17 ans en 1663. D’ailleurs, Yves Landry ne la considère pas comme une Fille du Roy ni Silvio Dumas, ni Paul-André Leclerc.

Précision 3: Marcel Trudel dans son Catalogue des immigrants 1632-1662 attribue à chaque immigrant/e (hommes, femmes et enfants) l’année de son arrivée mais il ajoute aussitôt que c’est le terrain le plus instable et ce, pour plusieurs raisons entre autres, disons, que les listes de passagers n’ont pas valeur de Bible !

Selon Marcel Trudel, onze navires sont venus à l’été 1662 : 8 de La Rochelle et 3 de Normandie dont l’Aigle d’Or de 300 tonneaux de Nicolas Gargot de La Rochette dit Jambe-de-Bois. Plusieurs de ces femmes ou filles sont arrivées en 1662 et se marient en 1663 comme on l’a dit plus haut. Exemples : de La Rochelle, arrivée avec sa mère Catherine Vinette, Marie Boyer, la soeur d’Anne arrivée comme engagée en 1657 pour 3 ans, qui se marie le 30 janvier 1663 à Trois-Rivières avec Jean Bellet dit La Chaussée et qui était présente ici le 18 novembre 1662; Marie Madeleine Doucet, 21 ans arrive en 1662 et elle épouse Pierre Aigron dit Lamothe le 24 janvier 1663; Charlotte Fougerat de Notre-Dame de Cogne, 24 ans, épouse Pierre Pinel le 9 janvier 1663; Jeanne Chotard de St-Pierre d’Oléron, 26 ans, épouse Pierre Labrecque le 2 janvier 1663; et bien d’autres qu’on ne considère pas comme des Filles du Roy même si elles se marient en 1663.

D’autres se marient en avril 1663 Madeleine Marcos et Louis Martineau, Élizabeth Haguin/Aquin et Antoine Jolicoeur Courtemanche. D’autres, arrivées avant 1662-1663, se marient en 1663 : exemples: Jeanne Lorion arrivée en 1658 à 11 ans épouse Pierre Piron le 25 août 1663; Michelle-Thérèse Nau/Fossambault arrivée en 1661 à 18 ans épouse Joseph Giffard le 22 octobre 1663. Par contre, Paul-André Leclerc dans L’émigration féminine vers l’Amérique française aux XVIIe et XVIIIe siècles, inscrit les trois soeurs Vézinat en 1663 même si elles se marient deux d’entre elles en 1664 et l’une en 1671. Leclerc a sans doute des critères différents de ceux d’Yves Landry pour déterminer qui sont les Filles du Roy car, plus particulièrement pour 1663, les inscriptions ne concordent pas (qui plus est, Leclerc ne considère que les premiers mariages et ignorent celles qui ont convolé en 2e, en 3e et en 4e noces !)

Pour 1663, Silvio Dumas n’inscrit pas Françoise Brunet comme Fille du Roy; est-ce parce qu’elle est une veuve (de Martin Durand) ? est-ce parce qu’elle arrive avec ses deux filles  Jeanne et Françoise Durand ? Par contre, Dumas inscrit Olive Landry, veuve Pierre Poupault, Marguerite Manchon, Marie Mazoué, calviniste de La Rochelle qui apporte 150 Livres de dot et un don de 300 Livres de sa marraine, Jeanne Morineau du Poitou et Anne Vuideau que Landry ne répertorie pas sauf Vuideau. La Société d’histoire des Filles du Roy est très sensible à cette dichotomie et, dans la mesure du possible, elle ne se limite pas à la thèse d’Yves Landry même si elle lui semble plus rigoureuse; c’est pourquoi elle en a fait sa base de travail. Quant à la liste des 22 de Paul-André Leclerc, il inscrit, toujours pour 1663, en plus des trois soeurs Vézinat dont nous avons parlé plus haut, Marguerite Boileau, Jeanne Cerisier, Marie Chapacou, Françoise Chapelain, Suzanne Content, Louise Dubois, Louise Lecoustre, Jacquette Ledoux, Marie Letard, Anne Loiseau et Marie-Xainte Vivier qui ne sont pas retenues par Landry.

C’est donc avec circonspection qu’il faut dénombrer les arrivées des Filles du Roy et l’année de leur mariage. La SHFR fait circuler d’autres listes qui lui apparaissent encore plus importantes pour la Nation québécoise surtout la liste des lieux d’établissement des Filles du Roy. Ainsi, Neuville peut se prévaloir d’en avoir “établies” plus d’une quarantaine compte tenu du rôle social joué par Jean Bourdon et Anne Gasnier son épouse pour le recrutement d’icelles; Champlain, Chambly, Charlesbourg, Batiscan, L’Île d’Orléans, la Côte des Beaux Prés, Lachine, Laprairie, Pointe-Lévy et bien d’autres sans oublier, évidemment, Québec et Montréal. Ces divers lieux d’établissements devraient s’accaparer LEURS Filles du Roy et publier la vie d’icelles !

De plus, la SHFR aimerait susciter le développement des matronymes tout comme les patronymes base depuis toujours des lignées généalogiques. Aussi, invite-t-elle fortement tous les descendants/descendantes des Filles du Roy à instaurer des regroupements d’iceux…Qui augurera la première rencontre des descendants/descendantes de Louise Gargottin ? de Catherine Fièvre, de Marie Lafaye, de Louise Charrier, de Jacqueline Lauvergnat, de Catherine Paulo, de Jeanne et Marie Repoche, de Mathurine Thibault, etc, et ce ne sont que quelques-unes de 1663 et des 770 venues ici pour peupler la colonie !

Irène Belleau, juillet 2011

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