Qu’elles revivent pleinement !

Voilà ce qui se dégage en toute luminosité de ce projet de raviver la mémoire écorchée de ces quelque 800 femmes venues de France de 1663 à 1673 pour peupler et bâtir un pays. Les faire connaître, les réhabiliter, les révéler au grand jour, cerner l’héritage de leur apport sociétal sont des objectifs que poursuit la nouvelle Société d’histoire des Filles du Roy fondée en ce 5 août 2010, à Québec.

Depuis plusieurs années, une prise de conscience quasi “nationale” s’est développée autour de cet épisode 1663-1673 de l’histoire de la Nouvelle-France. Un certain baron avait, jadis, jeté un voile sur la moralité de ces femmes pionnières ; encore aujourd’hui, après plus de 300 ans, la rime Filles du Roy, Filles de joie est bien coriace. Mais au fond de nous-mêmes, sans trop nous l’avouer, nous n’avons jamais cru que cela ait pu être vrai ! Maintenant, le voile levé, c’est le baron lui-même qu’il faut jeter dans l’oubli à tout jamais !

Qui sont-elles ? Il faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur nom, face au fleuve d’où elles sont sorties au XVIIe siècle, pour nous mettre au monde et tout le pays avec nous….Madeleine Després, Jeanne Savonnet, Nicole Legrand, Hélène Calais, Madeleine Pasquier, Marguerite Moitié, Marthe Beauregard, Anne Langlois, Madeleine Olivier, Anne Perrot, Elizabeth Royer, Marie Grandin, Marguerite Éloy, Suzanne Aubineau, Marie Campion, Anne Magnan, Elizabeth Cretel, Marguerite Viard, Marie De Franclieu, Marie Hubert, Catherine Beaudin, Marie-Claude Chamois, Jeanne Rossignol, Catherine De Baillon, Jeanne Languille et tant d’autres au coeur de l’oeuvre d’Anne Hébert Le premier jardin publié en 1988.

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La Société d’histoire des Filles du Roy s’est donné un plan d’action ambitieux mais à long terme. Deux volets importants : tracer d’abord un inventaire de chaque Fille du Roy, mariée ou pas ; rechercher leurs origines en France, leur famille, parents, frères et soeurs, leur condition sociale, comment s’est fait leur recrutement, leur départ de France, la traversée ; leur établissement en Nouvelle-France : lieux de mémoire, famille et descendance, publications, plaques commémoratives et monuments, etc ; tout en créant un mouvement d’échange entre la Société d’histoire des Filles du Roy, la France et les Familles-Souches ; et, comme 2e volet, développer la généalogie par les femmes en établissant des lignées matrilinéaires, exemples : regrouper les descendants et les descendantes de Marguerite Éloy, de Madeleine Després, etc, et, pour ce faire, créer des outils de recherche et des équipes de travail. Ce domaine étant en friche, il faut en fixer petit à petit l’avenir.

Le Colloque de 2008 sur les Filles du Roy a tracé un sillon et créé une nouvelle dynamique sur et autour de cet épisode de notre histoire. L’enthousiasme puisse-t-il engendrer une volonté de réussir ce défi ! À chacun et chacune d’éveiller son entourage au devenir de cette problématique !

Irène Belleau, 8 août 2010

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