Les Filles de la cassette

L’histoire de la Louisiane a eu aussi ses filles à marier; on les appelait les Filles de la Cassette parce qu’on leur donnait un trousseau qui comprenait “deux paires d’habits, deux jupes et jupons, six corsets,  six chemises, six garnitures de teste et toutes autres fournitures nécessaires”. La Cassette, c’est le trésor royal. Cela s’apparente un peu à la dot des Filles du Roy venues en Nouvelle-France de 1663 à 1673.

 Qui étaient ces Filles à la Cassette ?

Pierre Le Moyne d’Iberville prend possession de la Louisiane en 1699 avec quatre-vingts hommes dont une vingtaine de Canadiens. Il est  en poste à Mobile en 1702 et il sollicite de la France 20 à 30 filles pour les Canadiens qui l’accompagnent, aventuriers et coureurs des bois, flairant davantage les Amérindiennes et délaissant leur rôle de défricheur. Il en reçoit en 1704. Elles viennent sur Le Pélican avec une sage-femme, des ouvriers  et une centaine de soldats. On ne veut pas de “débauchées”, on veut des  “filles vertueuses et sachant travailler”. Sur le bateau, elles sont “mises dans un endroit séparé où elles n’auront aucune communication avec les officiers et les gens de l’équipage”. Elles sont 27. Elles sont vite mariées, dit-on, moins une…qui ne veut pas se marier. En 1710, la France envoie une quarantaine de filles de laboureurs. En 1712, on fait une nouvelle demande pour “empescher le désordre et arrêter le concubinage” à Mobile. Selon Paul-André Leclerc, dans son livre sur l’émigration féminine en Amérique, les  ” compagnons de d’Iberville recherchent les aventures; ils ont quitté le Canada pour vivre à leur guise en toute liberté “. Le prochain contingent de 12 filles est accompagné de deux soeurs grises venant pour le service des malades. Mais on les dépeint comme “mal faites et laides ” et alors, les paysans-ouvriers-engagés s’adonnent “aux femmes sauvagesses les préférant aux françaises”. Le contingent de 1713 est un échec de même que celui de 1720 sauf pour les quelques paysannes plus robustes parce qu’habituées à la culture des champs. Qui plus est, l’autre groupe d’envoyées destinées à St-Domingue est dirigé vers la Louisiane; à St-Domingue, la France envoie là surtout des prisonniers, des “moutons noirs ” de famille. Enfin, de juin 1719 à mars 1720, la Louisiane reçoit des prisonnières arrêtées pour fraude de tabac ou de sel et  des  prostituées  dont la constitution de stériles ne permet pas d’augmenter la population. De celles de janvier 1721, 30 % meurent en mer. De 1721 à 1732, Robert Larin dans son histoire du peuplement européen en Nouvelle-France, signale ce que les autorités déplorent que la France ne leur envoie que des “vauriens” et “de la canaille”,  jetant ainsi le discrédit sur la colonie louisianaise. Plus tard, l’arrivée de religieuses pour mettre en place un hôpital améliore quelque peu la situation. On crée une chambre de correction comme un cachot où les dévoyées sont réduites au pain et à l’eau. Au même moment, les Natchez massacrent environ 300 habitants réduisant ainsi de beaucoup l’effort de peuplement.

Cette brève description bien injuste pourrait aussi être faite pour l’émigration dans d’autres colonies de la France, dans les îles de la  Martinique, de la Guadeloupe, en Guyanne française. Peut-être que la généralisation qu’a faite le baron de LaHontan au sujet des Filles du Roy en Nouvelle-France et qui a cours encore au Québec, malheureusement, repose d’une certaine manière sur la situation des Filles à la Cassette de la Louisiane !

Irène Belleau, juin 2010

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