Mariages de Filles du Roy annulés...

On a beaucoup ergoté sur le fait que les Filles du Roy devaient prendre mari le plus tôt possible après l’arrivée des bateaux réduisant ainsi le temps du CHOIX du futur conjoint. La décision de ce choix – si c’en fut un – pour mon ancêtre-femme a été, en effet, très rapide: arrivée le 3 septembre 1673, elle est devant le notaire Romain Becquet avec Blaise Belot/Bezou dit Larose le 17 septembre “en la maison de la dame Bourdon” et devant Louis Ango de Maizerets de Notre-Dame de Québec, le 25 septembre. 22 jours ont suffi pour décider de cette union. Y a-t-il eu un coup de coeur ??? On ne le saura jamais. L’histoire nous invite à regarder de près si ce phénomène a été généralisé. Ce qui m’a intrigué et sur lequel j’ai fouiné un peu, c’est le nombre de mariages annulés avant que plusieurs Filles du Roy à qui on avait promis de trouver facilement mari soient fixées sur leur sort d’épouses en Nouvelle-France. Voici quelques exemples.

Marie Montminy/Montmainier/Desmonmesnié 19 ans arrivée en 1664 probablement en mai avec une dot de 200 Livres – en plus de la dot du roi de 50 Livres –  est originaire de Rouen en Normandie. Elle n’est devant le notaire Duquet pour un contrat de mariage que le 12 octobre 1665. Qui plus est, ce contrat est annulé. Son prétendant – ou futur époux – se replie sur Marie Lanfillé, Fille du Roy arrivée en 1665 probablement en juin, et l’épouse, devant le notaire Aubert, 6 jours après l’annulation du contrat avec Marie Montminy soit le 18 octobre 1665, lequel est aussi annulé. Thomas Grandry/Granderie, l’époux en question refoulé deux fois épouse finalement le 16 novembre 1665, une autre Fille du Roy, Denise Cherfault, 27 ans, à Château-Richer et ils s’établissent à Ste-Famille de l’Île-d’Orléans. Marie Montminy épouse Noël Rose cordonnier le 7 janvier 1666 à Québec qui décèdera en 1687 à 43 ans et Marie Montminy épouse quelques mois après François Dumas, interprète des Iroquois, le 25 novembre 1687 à Québec. Il y a donc deux ans entre son arrivée et son premier vrai mariage. Elle décède à 54 ans.

Marin Gervais dit Le Charbonnier 28 ans est devant le notaire Duquet le 5 octobre 1665 et épouse (ou promet d’épouser) Françoise Pilois/Pillé 26 ans Fille du Roy fraîchement arrivée. Ce contrat est annulé ; elle épouse plutôt Antoine Cassé, arrivé en 1663, le 14 octobre 1665 à Château-Richer; ils s’établissent à Beaumont et ont 10 enfants. Que devient Marin Gervais ? Il tente de nouveau sa chance auprès de Marguerite DeLaplace 31 ans (il en a 37) Fille du Roy arrivée en 1671. Même constat : le contrat est annulé. Pauvre Marin, la pêche n’est pas bonne ! Il est patient. Le charbon lui réussit mieux à Lauzon ! Finalement, le 16 octobre 1672, il épouse Françoise Monvoisin, veuve de François Gariteau, et accepte comme siens les deux enfants Gariteau. Le couple ne dure pas… Françoise Monvoisin décide de retourner en France en 1674. Elle a 25 ans. Qu’est-elle devenue ?

Françoise Hébert arrive de Rouen en 1667 probablement en juin avec une dot de 300 Livres – elle a 28 ans – elle épouse devant le notaire Romain Becquet Martin Guérard le 18 octobre 1667 ; ce contrat est annulé. Le 4 novembre 1667, Jean De Lalonde dit L’Espérance, laboureur et marguillier de la Mission du Haut de l’Île, 26 ans, épouse Françoise Hébert et ce contrat Becquet est annulé. Jean  se risque une deuxième fois : mais deux ans plus tard, le 30 octobre 1669, il échoue encore…il n’épousera pas Pierrette Vaillant car elle ne se mariera pas ici. Finalement, il trouve chaussure à son pied; il épouse Marie Barbant Fille du Roy arrivée en 1666 servante chez Nicolas Juchereau à Beauport, le 14 novembre 1669 à Lachine et ils auront 5 enfants; Jean mourra, comme je l’ai dit en 1687 et Marie Barbant épousera en secondes noces Pierre Tabault/Tabeau, laboureur. Elle meurt à 78 ans en 1689.

Pierre De Lavoie se marie en France à St-Étienne d’Aytré et il vient en Nouvelle-France, en 1666,  avec sa femme Jacquette Grinon et leurs 5 enfants. Jacquette meurt  en 1667. Pierre Lavoie est devant le notaire Becquet le 21 octobre 1667 et il s’engage à épouser Jeanne Burel Fille du Roy arrivée cette année-là en juin probablement âgée de 19 ans. Le contrat est annulé. On comprend facilement que Jeanne n’ait pas voulu l’épouser ; elle “héritait” par le fait même de 5 enfants… peut-être de son âge ! Pierre n’est pas chanceux ! Le 24 décembre 1669, il tente en vain sa chance – sans qu’on sache ce que ses 5 enfants sont devenus – auprès de Anne-Françoise Richard dite Martin, Fille du Roy, qui a annulé un premier contrat avec François Dernajou le 12 décembre 1669, et elle annule celui du 24 décembre ! Pierre ne baisse pas les bras ! Le 25 août 1670, il épouse Isabelle Aupé/Loppé, 23 ans (il a 38 ans) et ils s’établissent à la Côte St-Ange de L’Ancienne-Lorette (dite de St-Augustin de Desmaures à l’époque) et ils ont 8 enfants. À 40 ans, le 24 juillet 1687, Isabelle meurt. Pierre mourra à 77 ans en 1708. Patience et longueur de temps valent mieux que rage et vent, dit le proverbe.

D’autres exemples ? Il y en aurait encore plusieurs. Ce qu’on ne saura jamais vraiment: est-ce que c’est lui ou elle qui dit non en premier…   On attribue la décision aux Filles du Roy généralement. Probablement peut-être parce que le choix ne leur revenait pas…mais peut-être que dans certains cas, le futur – tout en désirant une épouse – n’avait pas ressenti le coup de coeur ! Qui sait ?

Cette recherche est essentielle pour bien situer ce que furent les vies de ces Filles à leur arrivée dans un nouveau pays tellement différent de ce qu’elles avaient connu en France. Qu’elles aient été demoiselles ou roturières, urbaines ou paysannes, de la Haute-Société ou de la Salpêtrière, l’acclimatation a sans doute été exigente. Savons-nous vraiment ce que représente ÉMIGRER ?

Irène Belleau, 2010

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