Le baron de Lahontan

Louis-Armand de Lom d’Arce, baron de Lahontan, est né le 9 juin 1666, à Lahontan, dans les Pyrénées-Atlantique, à proximité du port de Bayonne. Il est le fils d’Isaac de Lom d’Arce et de Jeanne-Françoise Le Facheu de Couttes. Il partit de La Rochelle le 29 août 1683, à 17 ans avec les troupes de la Marine comme cadet volontaire; il arrive à Québec, en novembre. Il loge, croit-on, à Château-Richer et, au cours de l’hiver, il chasse avec des Algonquins  pour apprendre leur langue; il va ensuite, à l’Île d’Orléans, à Montréal, à Boucherville, à Michillimakinac, en Acadie et ailleurs car il a beaucoup voyagé. Il devint même lieutenant et capitaine. On le dit aujourd’hui un informateur peu sûr; ses Mémoires, ses Dialogues et ses Nouveaux voyages sont tout de même intéressants particulièrement sa vision philosophique des Sauvages.

Ce que l’histoire d’ici a toutefois retenu, plus particulièrement, c’est ce qu’il écrit au sujet des “filles à marier” désignées plus tard Filles du Roy parce que Louis XIV les avait dotées. En 1703, après avoir parlé des troupes du Régiment de Carignan, il écrit, allons aux sources : ” Après ces premiers habitans vint une peuplade utile au païs & d’une belle décharge pour le Royaume. C’étoit une petite flote chargée d’Amasones de lit & de troupes femelles d’embarquement amoureux. Ces nonnes de Paphos ou de Cythère apportoient la bénédiction. L’on m’a conté les circonstances de leur arrivée & j’aime trop à vous divertir pour ne vous en point faire  part. Ce chaste troupeau étoit mené au pâturage conjugal par de vieilles & prudes bergères venues sur plusieurs vaisseaux chargez de filles de moyenne vertu envoyées de France sous l’intendance de Talon pour prendre mari en Nouvelle-France et … que les époux choisissaient de la manière que le boucher va choisir les moutons au milieu d’un troupeau.” Gustave Lanctôt, Silvio Dumas et d’autres ont dénoncé vertement cette calomnie. Mais les préjugés ont la peau coriace. Encore aujourd’hui, le sujet fait sourire ou choque. Mais personne ne croit vraiment la chose véritable. Puis, après tout, si elles ont enfanté des dizaines d’enfants, elles n’étaient certes pas des putains ou de filles de mauvaise vie. C’est Yves Landy qui l’affirme.

On découvre aujourd’hui que ces femmes – et bien d’autres, c’est sûr – ont fait, par leurs descendances, leur courage et leur ténacité, un peuple d’Amérique française. Que faire qui rendrait vraiment compte de leur héritage ?

Irène Belleau

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