Louise de Xaintes, Une vie en Nouvelle-France

Louise de Xaintes est la fille d’une Fille du Roy[1] : Françoise Zachée, arrivée en 1670 de Paris, orpheline de père. Sa mère  née vers 1655 avait environ 15 ans à son départ de France. Elle épousa, plusieurs mois après son arrivée, le 27 avril 1671, Claude de Xaintes, bourgeois et coutelier. Ils n’eurent que 2 enfants[2]. Son mari décédé, Françoise épouse Antoine Gourdeau, le 1er décembre 1685, à Québec, bourgeois lui aussi, contrôleur à la réception des castors à la ferme du Séminaire de Québec, mort noyé en 1691 à 36 ans, sans enfant. En 3e noces, Françoise épouse René-Louis Chartier de Lotbinière, seigneur de Lotbinière, conseiller du roi, lieutenant général de la Prévôté de Québec, le 16 mai 1701. Tous les détails de sa vie ont sûrement influencé, de diverses façons, la VIE de sa fille Louise de Xaintes que Renée Blanchet[3] raconte avec précision et respectant l’historicité de l’époque.

Louise de Xaintes épouse Bertrand Arnaud, le 12 janvier 1688, originaire de Bordeaux, qui devient un riche marchand côtoyant notamment le richissime François Hazeur. Il est veuf de Jeanne Pellerin qu’il avait épousée le 26 novembre 1685[4]. Louise de Xaintes a 16 ans. Des années pleines d’espoirs à Québec. 10 enfants de 1689 à 1705. Puis, Bertrand voit son commerce péricliter à Québec, il lorgne la clientèle de Montréal. Les grands espaces l’appellent. Il abandonne sa femme enceinte et court les Pays d’En-Haut. Il croit faire fortune avec les castors…Beau parleur, petit faiseur, il revient avec des fourrures de mauvaise qualité qui ne lui permettent pas de rembourser ses créanciers.

En son absence, Louise emprunte même les gens de sa famille pour payer les dettes de son mari vagabond, loue sa maison et s’exile à l’Île Bertrand. Isolée, regrettant les soirées mondaines de Québec et le côtoiement de gens d’affaires, son mari toujours absent, elle s’amourache de René de la lignée des Boucher. Pour éviter les cancans, ils se voient la nuit seulement. Quand soudain, un bébé est découvert enseveli dans un trou de roches, recouvert de paille, la gorge tranchée, la mâchoire du bas cassée, l’œsophage de la jugulaire coupée, l’ombilic lié, le coronal de la tête aplati sur le visage, le crâne entrouvert mais tout le reste du corps, beau, intact.

Il n’en fallait pas plus pour que l’on se mette à chercher de qui pouvait être l’enfant. La domestique « grande langue » laisse soupçonner qu’elle connaît la réponse. Et vlan ! la justice prend son rôle à cœur. Louise est enquêtée…La justice, toutefois, ne trouvera qu’un simulacre de réponse pour sauver sa réputation et évincer René du circuit de l’Île Bertrand !

Louise de Xaintes meurt d’un enfant mort-né et le curé de Boucherville inscrit au registre de l’inhumation : Arnault 12/1/1705. Quand Bertrand revient, il trouve la maison vide. Plus de femme. Pas d’enfants. Je suis ruiné, dit-il.

L’auteure Renée Blanchet, fidèle à l’histoire, laisse planer le mystère !

Louise de Xaintes

Irène Belleau
23 décembre 2012.
Louise de Xaintes/Dessaint, Une vie en Nouvelle-France, Renée Blanchet, Éditions Point du Jour, L’Assomption, Québec, 2010.



[1] Voilà une 2e œuvre sur la VIE d’une fille de la 2e génération d’une Fille du Roy. La première, à mon avis, fut celle de Madeleine Émond, fille de Marie Lafaye arrivée en 1663, La vie scandaleuse  d’une cabaretière, de Marcel Myre, publié aux Éditions GID en 2011.

[2] Deux filles : Louise née à Québec le 26 février 1672 (c’est celle qui nous occupe) et Claude née vers 1674 épouse de Charles De Monseignat.

[3] Renée Blanchet est une auteure prolifique. Elle a publié en 1999 la VIE d’une autre Fille du Roy : Marguerite Pasquier, fille du roy, Chronique de la Neufve-France.  La VIE des Papineau, Julie, Louis-Joseph, Rosalie, Amédée (avec Georges Aubin), pour ne nommer que ceux-là. Une spécialiste du détail… en toute crédibilité.

[4] Bertrand Arnaud et Jeanne Pellerin eurent 2 enfants Antoine et Marie Anne, tous deux décédés en bas âge.

Catégorie : Invitation à la lecture