Les Filles du Roy de 1663, recueil de biographies

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l faudrait les nommer toutes, à haute voix, les appeler par leur NOM, face au fleuve d’où  elles sont sorties au XVIIe siècle, pour nous mettre au monde  et tout le pays avec nous.
Anne Hébert, Le premier jardin, Seuil, 1988.

Il est là maintenant ce Recueil des 36 biographies des 36 premières Filles du Roy comme un fruit qui a tardé à mûrir mais qui prouve que la VIE de ces femmes – 764 précisément – doit s’écrire et s’inscrire dans notre histoire nationale québécoise au même titre que celles de Champlain, Maisonneuve, Marguerite Bourgeoys, Jeanne Mance, Marie de l’Incarnation, les Archambault, les Guyon, les Giffard, les Piché, les Rodrigue, les Viens et tant d’autres – plutôt hommes que femmes – et viser en généalogie l’égalité entre hommes et femmes générateurs et génératrices de peuplement.

Ce premier contingent, surtout composé de Filles de La Rochelle, de Paris, du Poitou et de la Normandie,  certaines sans doute de La Salpêtrière, arrivé sur l’Aigle Blanc et le Phoenix en juin, sur le Taureau en juillet, sur l’Aigle d’Or et le Jardin de Hollande en septembre, selon l’historien Marcel Trudel, a inauguré un vaste mouvement migratoire de peuplement du Nouveau Monde.

C’est surtout Québec, la Côte-de-Beaupré et l’Île d’Orléans qui accueillirent la majorité des femmes de ce contingent. Quelques-unes pointèrent St-Augustin-de-Desmaures, Pointe-Lévy et  une dizaine Montréal, Boucherville et Longueuil comme lieux d’établissement. Onze seulement bénéficièrent de la dot royale de 50 livres si l’on en juge par les inscriptions aux contrats de mariage.  Deux d’entre elles apportaient des biens d’une valeur de 600 livres… ce qui n’est pas rien… Hélène DuFiguier, orpheline de père, était fille de gentilhomme de la Chambre du Roi et Jeanne Dodier du Perche, apparentée au gouverneur Pierre Boucher de Trois-Rivières. Leurs époux étaient maçon, charpentier, menuisier, serrurier, sellier, tailleur d’habits, bonnetier, tanneur, laboureur, même marchand et chirurgien sans compter les « engagés », les 36 mois comme on les appelait à l’époque à cause de la durée de leur engagement. Douze avaient moins de 20 ans, 17 avaient entre 20 et 29 ans et 7 avaient plus que 30 ans, et à leur décès, 8 ont entre 30 et 49 ans, 12 ont entre 50 et 70 ans, 13 entre 70 et 80 ans, 3 ayant atteint plus de 80 ans :  Catherine DeBoisandré, Madeleine DeChevrainville et  Catherine Paulo.  La considération la plus importante, à n’en pas douter et à cause de leur mandat royal, c’est le nombre d’enfants qu’elles ont enfantés et menés à terme… 12 en ont eu plus que 10, 4 n’en n’ont pas eu à un premier mariage (l’une était arrivée veuve et une autre ayant émigré sans avoir eu d’enfant).  Mais toutes ces considérations à caractère plutôt statistique, ne nous révèlent pas ce que furent leurs VIES dans la colonie.

C’est ce que le Recueil vous révélera sous toutes les facettes : mari souvent absent, cabane plus ou moins bien isolée pour l’hier, pauvreté,  épidémies, incendies, veuves avec plusieurs enfants en bas âge, remariages et partage des biens, testaments, etc., et l’urgence de défricher la terre, de cultiver un jardin, d’adopter des enfants, d’avoir des enfants « problématiques », d’être mères d’enfants « illégitimes », d’être obligée à la séparation des biens et des corps et même de mourir en couches en emportant son premier enfant ! Et tout cela dans une société où il faut voiler son appartenance à la religion protestante et n’avoir pas de billet de retour inclus dans la dot royale !!!

Puissiez-vous, lecteurs et lectrices, sonder la profondeur de ces VIES en comparaison des nôtres !

 Bios 4e couv p

Irène Belleau
présidente de la SHFR et biographe
Juin 2015.

Catégorie : Invitation à la lecture