Enquête chez les Filles du roy

Une enquête « nouveau genre » auprès d’une vingtaine de Filles du Roy par l’envoi de trente-cinq lettres – sans tribunal, il va sans dire – pour tenter de trouver un ex-fiancé dans l’immensité du continent Nouvelle-France, rien de moins. Originale et osée mais les cibles n’apportent pas vraiment de réponse à son auteure. Toutefois, elle permet aux lecteurs et lectrices de cette œuvre unique de « visualiser » quelques aspects de la VIE de chacune d’elles qu’elles soient établies à Québec, à Saint-Augustin-de-Desmaures, à l’Île d’Orléans, à L’Ange-Gardien, à Pointe-Lévy, à Beauport, à Sillery, à Château-Richer ou à Montréal. Les destinataires de cette correspondance, pour la plupart, sont des Filles de La Rochelle qui se connaissaient avant de prendre la route océane de l’Amérique; en effet, plusieurs originent du couvent Saint-Joseph de La Rochelle même si elles ne se sont pas embarquées la même année pour aller « peupler l’Amérique ». Le but de cette enquête auprès d’elles : retracer Hélie Targer fiancé de Renée Birette. Il y a, croyez-le ou non,  environ sept ans[i] qu’il n’a pas donné de nouvelles de son engagement. Le résultat : une Renée Birette qui a la couenne dure car à de multiples reprises, elle se butte à des réponses négatives : « je suis le dernier homme qui puisse vous répondre »[ii] (le Sieur Perron); « l’on doute qu’il soit toujours vivant » (tante Sarah); « il a quitté Québec pour une question de religion[iii] (des sympatisants de la Religion Réformée établis en Nouvelle-Angleterre); « si le promis ne revient pas, allez à lui »[iv]; de Marie Targer « son épine » qu’Hélie Targer n’est plus le fiancé de personne[v] ; puis de sa tante Sarah « il n’y a rien pour toi Renée à La Rochelle »[vi] !  Enfin, comprendra-t-elle que la Nouvelle-France l’appelle?…

Oui mais toujours dans l’ombre d’Hélie Targer se profile un Pierre Balan dit Lacombe rencontré par hasard à La Rochelle en partance avec Alexandre Prouville de Tracy d’abord pour les Antilles puis à la demande de Louis XIV pour la Nouvelle-France afin de mâter les Iroquois (1666-1667). Au moment du licenciement du Régiment (1668), il choisira de demeurer ici et ira chez les Illinois, aux Pays d’En-Haut faire la chasse au castor. Il revient à Québec, rencontre Renée Biret ahurie de le voir « décoiffé, une longue natte blonde pendant dans son cou puissant à la « peau cuivrée »[vii] dans la Côte de la Montagne. Non, elle le laissera passer jusqu’à un nouvel hasard, à la Fête du Mai, à l’Île d’Órléans, et le sort sera jeté sur eux deux pour une VIE difficile. Lui reprendra la route des coureurs des bois et laissera Renée seule dans sa cabane, enfanter plus d’une fois avec l’aide toutefois d’une Fille du Roy, Jacqueline Lauvergnat, mais rapportant les écus pour réussir à vivre sans être aux despens des voisins.

Je vous laisse imaginer et découvrir leur bonheur[viii] de même que les lettres de Renée Biret sollicitant l’aide pour retrouver un Hélie Targer « immatériel  et diffus comme un nuage effiloché au gré des vents »[ix] à et de Marie Valade  (6 lettres), à et de Jeanne Repoche (5 lettres), à et de Marguerite Ardion (4 lettres) qui lui réplique qu’ « elle n’est pas dans une étable mais que sa maison est excellente », à et de Marguerite Moitié (4 lettres), à et de Marie Targer (2 lettres), à et de Françoise Moisan (2 lettres), à et de Marguerite Peuvrier (2 lettres), à et de Louise Menacier qui lui cloue le bec royalement en lui disant que « le choix d’un homme est meilleur en Nouvelle-France qu’en France » et lui décrit sa richesse domestique ayant « le plus grand poulailler de la Coste du Sud », qu’elle récolte quatre douzaines d’œufs par semaine durant les meilleurs mois, une porcherie avec des cochonnettes, deux vaches mères de lait qui lui donnent un veau chaque année et qu’elle n’oserait jamais la traiter de sotte et plusieurs autres répliques toutes aussi percutantes des vingt-huit Filles du Roy correspondantes.

Quand vous réalisez ce que sont devenues la plupart des Filles du Roy, je suis tentée de vous demander à vous lecteur/lectrice si vous connaissez vraiment VOTRE Fille du Roy ???

Irène Belleau
2020
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[i] Hélie Targer serait partie pour la Nouvelle-France comme engagé en 1659.

[ii] Cf. Pierre et Renée, p.15.

[iii] Cf. Pierre et Renée, p. 131.

[iv] Cf. Pierre et Renée, p.40.

[v] Cf.Enquête chez les Filles du Roy, p.120.

[vi] Cf. Pierre et Renée, p. 145.

[vii] Cf. Pierre et Renée, p. 184.

[viii] Mais elle ne parle pas des neuf enfants du couple…

[ix] Cf. Pierre et Renée, p. 51.

Enquete chez 1    Pierre et Renee
Enquête chez les Filles du Roy, roman de Diane Lacombe, Québec Amérique 2020, 193 pages.

Catégorie : Invitation à la lecture