Martine Juillet, Fille du Roy

Le bois, c’est la place la plus sûre, la plus fiable au monde. La nature ne vous trompe jamais et les animaux ne mentent pas comme les hommes. Le bois, c’est comme une sorte de château sans fin où l’on n’a qu’à se pencher pour trouver tout ce qu’on veut. Je me sens plus heureux, seul au milieu de la forêt, qu’en compagnie de cent soldats sur les hauteurs de la citadelle.”  C’est le petit-fils de Martine Juillet qui tente de convaincre sa grand-mère vieillissante que la vie du coureur des bois ne s’alimente pas aux massacres et aux scalps que font les Iroquois à Ville-Marie, à Lachine et ailleurs comme aux pays d’en-haut. Il faut dire que la grand-mère Martine s’est fait ravir par eux son mari Nicolas et son fils Paul qu’elle chérissait plus que ses 9 autres enfants. Elle ne voudrait pas, pour tout l’or au monde, que son petit-fils subisse le même sort.

Martine Juillet protégée de Marguerite Bourgeoys tarde à prendre mari. Le quel prendre ? Laurent Ferron que Monsieur le gouverneur lui réserve (!) et qui la laisse froide  ou le Nicolas Guillemin le soldat et l’explorateur pour lequel son coeur vibre. Hasard ? Le premier meurt mais lui laisse 2000 Livres testamentés ! Elle épousera le second qui ruminera longtemps le fait que sa femme devient riche grâce à son rival ! L’orgueil du mari en prend pour son rhume ! Sauf que Martine évitera de “pavoiser” car elle appréhende que cet héritage inattendu ne lui parviendra pas de sitôt. En effet, des procédures judiciaires ne lui permettront pas de faire des heureux avec cette somme que lorsque, de France, viendra le tabellion Jean-Baptiste Perrin avec les rouleaux d’or des 200 Livres et les 400 Livres d’intérêt. Elle a 69 ans et approche de la mort !

Ce récit nous met en face d’un sentiment profond, encore aujourd’hui, que les sauvages (!) devraient être éliminés de cette terre… Nicolas ayant été kidnappé par eux, tué raide par un coup de tomawak et scalpé, a, toute sa vie, été habité par des rancoeurs que Martine n’arrivait pas à dominer.  Une haine mortelle lui dévorait le coeur. Qui plus est, leur fils veut épouser une huronne, Marie des Bois, Manaouita. Nicolas lui fermera la porte de sa maison. Il reviendra à de meilleurs sentiments lorsque la soeur Bourgeoys lui prêchera le ciel…ce qui n’empêchera pas Martine de mettre au monde un enfant “noir comme un Iroquois”!

L’auteur Pierre Benoît nous prévient qu’il ne s’agit pas d’une histoire familiale car son ancêtre Paul Benoît n’a “laissé que quelques dates marquantes”. Le récit est imaginaire, dit-il, mais le cadre authentique des débuts de Montréal qu’il a voulu recréer. À lire.

Irène Belleau, 2011

Catégorie : Invitation à la lecture