La Fille du Roy

Dans une langue mayenâgeuse, Nadeau raconte l’histoire de Louise Colpron, Fille du Roy, dont le futur, même après avoir signé une promesse de mariage, l’abandonne le matin des noces et n’est pas au rendez-vous. À la lueur du jour, il la trouve trop laide, dit-il. Il préfère courir les bois et s’enivrer. L’honneur de la future est blessé. Ça ne restera pas là. La Tudesque – l’Allemande – lui intente un procès. Il est condamné à 100 sols d’amende. Il gagne la prison. Il s’évade. La moralité de la Colpron suscite beaucoup de questions. On la soupçonne de “magye, de sortileige, de malléfice”. On la traite de “grande pute, de démon femelle, d’espouse de Satan et d’avoir l’âme plus noire que suye”. On l’emprisonne au pain et à l’eau, les fers aux pieds. On la retournera en France. Elle s’évade déguisée avec les hardes d’un matelot sous le regard du geolier qui cuve son vin. Sur le bateau, elle devient capitaine et se dirige vers les Antilles ! Non, elle descend en Angleterre.

Ce récit raconté par un missionnaire qui écrit à son frère de Paris. Il corrobore la lettre de Talon à Colbert “il ne s’est pas trouvé de demoiselles parmy ces filles (celles de 1662 ?), estant toutes roturières et sans naissance”… Les entourloupettes de la justice font rougir autant que leur fugacité.

La Fille du Roy, Gabriel Nadeau, Édition du bien public, 1954

Irène Belleau

Catégorie : Invitation à la lecture